Rentrée littéraire SFFF 2019 - Une sélection

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Allez, après avoir vu mes camarades Yogo et Lune se prêter à l'exercice, je vous fais aussi un petit récap de quelques sorties à venir pour la rentrée littéraire 2019 que je trouve des plus alléchantes !
Ne nous leurrons pas, je sais que je n'arriverais pas à en lire la moitié d'ici la fin de l'année, mais c'est pas grave, après quelques mois où j'ai peu lu et peu suivi ce qu'il se passait, ça fait plaisir de se replonger dans les catalogues des éditeurs et de trouver des choses bien alléchantes !


Contes hybrides - Lionel Davoust
1115 - Septembre 2019
Des nouvelles de Lionel Davoust, je dis oui, et quand en plus l'écrin est aussi beau (oui je suis superficiel, rapellez-vous un peu) je dis encore plus oui ! Et puis, ça se lit vite les nouvelles, c'est bon pour moi ça vu mon temps disponible ^^ 

 
Trop Semblable à l'éclair - Ada Palmer
Le Bélial - Octobre 2019
Bon, ça à l'air d'être LA parution SF de la décennies. Les avis aperçu ici ou là sur ce roman ou ses suite sont dythirambique, on a l'air d'être sur de la SF de très haute volée. Je ne veux pas en savoir plus, je veux le lire et je n'irais voir aucun avis tant que ce ne sera pas fait


Lumières Noires - NK Jemisin
J'ai Lu Nouveaux Millénaires - Octobre 2019
Après la grosse claque de la Cinquième Saison, et un second tome qui confirme haut la main (il me reste le dernier à lire mais il est perdu au fond d'un carton de déménagement, j'ai pas encore mis la main dessus...), je suis plus que curieux de voir ce que l'autrice à pu faire en format court. D'autant plus que ce recueil à remporté le Locus 2019 du meilleur recueil de nouvelles !


Jardins de poussières - Ken Liu
Le Bélial - Novembre 2019
Ken Liu, en nouvelle. Que dire de plus, il me le faut, absolument et puis c'est tout. 



Raven Stratagem - Yoon Ha Lee
Denoël Lunes d'Encre - Novembre 2019

J'avais plutôt aimé l'exigeant et complexe Gambit du Renard, et je suis curieux de sa suite. Il y avait vraiment un bon potentiel dans ce premier tome qui demandait un peu de concentration et une forte suspension d'incrédulité pour accepter l'aspect très... étranger de sa physique.
Je vais probablement attendre de lire quelques retour dessus avant de voir si je fonce ou pas.


L'incivilité des fantômes - Rivers Solomon
Les Forges de Vulcain -  Septembre 2019

Un roman de SF queer avec un.e héro.ïne non-binaire et écrit par un.e auteurice non-binaire et qui traite de problème sociaux et raciaux notamment, je signe direct ! :D
Bon par contre, je n'aime franchement pas cette couv VF même si elle est raccord avec la charte de l'éditeur :-/ (Et oui, ça compte pour moi, désolé ^^)


Hors concours
Les titres une heure lumière comme toujours ^^

Feuillets de cuivre - Fabien Clavel

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Feuillets de cuivre - Fabien Clavel 
Editions ActuSF // 2015 // 344 pages

De Fabien Clavel, je n'avais lu que deux romans. Le sympathique Metro Z, un roman de zombie orienté jeunesse plutôt réussi, et le très drôle mais aussi très glauque Evangile Cannibale, du zombie adulte vraiment réussi.
Comme je suis superficiel (et que j'avais aimé ma découverte de l'auteur), j'ai craqué pour la superbe édition de Feuillets de cuivre. Couverture rigide, dos cousu, tranche-fil, dorure, bref l'objet est beau. Mais qu'en est-il du contenu ?

Ce livre nous raconte les aventure de Rougon, inspecteur de police à Paris à la fin du XIXème siècle et au tout début du XXème. Construit dans un premier temps comme un fix-up de nouvelles, Feuillets de cuivre va donc nous présenter différentes enquêtes de l'inspecteur Rougon dans un Paris où la magie semble faire de timides apparitions, où des machines volantes en avance sur leur temps nous ébahissent, où l'ether est une réalité et où les problèmes temporels peuvent arriver.

Si comme on peut le voir ce livre, s'apparente bien à l'imaginaire, et même au genre du steampunk, ces éléments se font relativement discret, émaillant les différentes enquêtes de petites touches de science-fiction, de fantastique ou même de fantasy.

Dans toute la première partie du livre, l'ensemble de ces enquêtes se présentent comme des récits indépendants, tel les aventures d'un Sherlock Holmes français, et ce n'est qu'à partir de la seconde partie qu'un lien se dégage, qu'un fil rouge apparait et qu'on comprends les connections entre les différents récits.

Feuillets de cuivre possède de très nombreuse qualités, parmi lesquelles le style riche et travaillé de son auteur ainsi que son évidente érudition (à ce titre, la postface est remarquable). Les références son légions, de même que les citations ou bien les apparitions de personnages historiques, comme tout bon roman steampunk qui se respecte.

Côté personnages, le livre n'est pas en reste avec une galerie détaillé et varié, mais c'est notre héros Rougon qui marque le plus. Inspecteur bouru, passionné par les livres, au point de trouver des références littéraire dans toutes ses enquêtes, être qui parait presque anachronique par son ouverture d'esprit et sa sensibilité.

Feuillets de cuivre est vraiment un livre très réussi autant sur le fond que sur la forme. Il joue avec les codes du steampunk avec brio, propose un savant mélange entre classicisme et originalité, possède de multiple niveaux de lecture et regorge de trésors littéraires.

Vox - Christina Dalcher

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Vox - Christina Dalcher
Editions Nil // 2019 (2018) // 432 pages
Livre audiolu en partenariat avec Audible

Vox, la dystopie qui va vous laisser sans voix

Futur proche, très proche, l'année prochaine, voir celle d'après suppose-t-on, des fondamentalistes chrétien sont arrivés au pouvoir et en à peine un an on lancés une série de mesure drastique à l'encontre des droits des femmes.
Suppression des passeports, interdiction de travailler, interdiction d'avorter, interdiction d'avoir des relations sexuelles hors mariage, ségrégation genré dans les écoles, et puis surtout limitation de la parole.

Cette dernière mesure qui est au centre du roman est réalisée à l'aide du port d'un bracelet envoyant des décharges électrique quand le quota de 100 mots par jours est dépassé. A chaque incartade, la puissance de la décharge augmente, allant de désagréable à totalement débilitant voir mortel.
C'est dans ce contexte que l'on va suivre le Docteur Jean McClellan, socio-linguiste devenue par la force des choses femme au foyer muselée. Jusqu'au jour où ses compétences dans le domaine de la recherche sur l'aphasie de Wernicke vont être requisent par le président lui-même

Le poids des mots
La première partie du roman alterne entre le présent avec le quotidien bien morose de et silencieux de Jean et des flashback sur avant et notamment son passé d'étudiante bourgeoise privilégiée et peu au fait des problématique féministes, source de conflit avec sa coloc et amie Jacky, une femme noire lesbienne, féministe engagée qui correspond un peu trop au stéréotype de la féministe négligée et de la "Angry black woman"... (premier problème d'une longue liste...).

Clairement, le début du roman choc. Avec ce contexte ignoble de ségrégation, ce fondamentalisme religieux poussé à son paroxysme, on enrage, beaucoup, énormément. On voudrait foutre un grand coup de pompe dans le cul de ce gouvernement totalitaire et passé tout ça au napalm.

Le problème, c'est qu'avec ce contexte outrancier d'une injustice flagrante, on ne peut rester indifférent et il est difficile de garder la tête froide. On est ainsi pris aux tripes par les premières pages. Malheureusement, quand l'intrigue démarre véritablement, et à mesure que le roman dévoile le pourquoi du comment, la suspension d'incrédulité s'effrite.

Il est difficile de trouver crédible des changements aussi drastiques et rapide dans une amérique post #MeToo, et là ou la marche des femmes à eue lieu et a rassemblée autant de monde, femmes ET hommes. La proximité temporelle vraiment trop importance nuit ainsi grandement à la vraisemblance du postulat de base. Et quand des références à la X-Box et à Pokemon Go sont balancées, impossible de trouver cet univers dystopique réaliste.

Et plus on découvre la manière dont ce monde fonctionne plus la cohérence s'effrite. Les femmes n'ont plus le droit de travailler, mais alors qu'en est-il de tous les postes et fonctions actuelles, tous les domaines dit du "care" où elles sont majoritaire par exemple. Hopitaux, maisons de retraite...
Des camps de travail sont ouvert pour les éléments les plus réfractaires et fournissent de la main d’œuvre gratuite pour le travail agricole, ou d'usine mais cela ne remplace pas les postes vacants...
Pour info, 74 millions de femmes travaillent aux USA, soit 47% de la force de travail

Et quid des révoltes ? des sabotages ?  Une résistance est évoqué à un moment, mais la piste est peu poussé, on a juste l'impression de 3 gus dans une grange... Et qu'en est-il des réactions de la communauté internationale ?
Bref, ça manque cruellement de construction, et ça pourrait ne pas être un problème si le contexte n'était pas si proche et si tangible.

Trouver sa voi(e)(x), se perdre en chemin
Second soucis du roman et d'importance, la platitude des personnages. Que ce soit l'héroïne Jean, passive et presque sans caractérisation ou bien son mari sans consistance, ou même les personnages secondaire qui se définissent en quelques adjectifs et n'ont aucun intérêt autre que vaguement utilitaire, c'est pauvre, très pauvre, aussi pauvre que le style, aussi pauvre que l'intrigue.

Parlons en de cette intrigue. Si l'on abandonne rapidement l'exploration de la dystopie pour tomber dans le thriller scientifique poussif, ce qui reste finalement ce n'est qu'une banale histoire de romance hétéro adultérine. Et oui, dans un roman qui, on l'espère va nous offrir une critique au vitriole du patriarcat, une dénonciation violente de la domination masculine, on se retrouve finalement avec une femme qui ne supporte plus son mari mou, lâche et passif et qui ne rêve que de son bel amant italien bronzé, fort, viril, qui lui n'hésiterait pas à casser la gueule aux méchants... Vous le voyez le gros soucis ? 

C'est là le plus gros point noir de ce roman, la manière dont il met en scène et reproduit des clichés sexistes et stéréotypés alors qu'il est censé les dénoncer. Parce que si ce point est flagrant et saute aux yeux, c'est régulièrement que l'on peut voir passer des remarques plus subtile du même genre, tout juste si l'on a pas un "boys will be boys" ?!
On remarquera aussi que la plupart des femmes sont relativement passives au sein de l'histoire et qu'à la toute fin le monde est sauvé par un mec, autant pour l'"empowerment". Une fin d'ailleurs qui sombre dans le fouillis le plus total, l'incohérence, la facilité et qui finit d'enterrer le roman.

Moins de 100 mots pour conclure
L'impression qui ressort de cette lecture, c'est que l'autrice à voulu surfer sur le filon de La Servante écarlate. Alors, peut-être dans le but louable de mettre en garde sur la facilité avec laquelle peuvent disparaitre les droit acquis durement par les luttes féministes. 
Pourquoi pas, le problème c'est qu'il ne suffit pas d'une idée de base intéressante pour faire un bon roman et que passé le choc de la description forcément révoltante de cet univers ignoble, le tout retombe comme un soufflet et tous les défauts sautent au visage.
Et c'est franchement dommage car il y avait très certainement matière à produire quelque chose de plus politique, de mieux construit, de moins manichéen et de plus subtile.
Un autre avis
Lune a aimé le livre elle :)

Le Fini des mers - Gardner Dozois

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Le Fini des mers - Gardner Dozois
Le Bélial' (Une Heure Lumière) // 2018 (1973 VO) // 112pages

Allez, on replonge dans la très belle et excellente collection une heure lumière avec pour moi la belle découverte d'un auteur qui nous a quitté il y a peu.

Gardner Dozois livre ici un récit qui oscille entre le premier contact, l'invasion douce et une histoire intimiste et sociale. Les extraterrestres arrivent, ils posent en 4 endroits des structures, probablement des vaisseaux ovoïdes, lisse, sans aspérité et provoquent bien sûr la panique chez les humains.

Le texte propose deux histoires concomitantes qui alternent à chaque chapitre. On a tout d'abord la Grande Histoire, le point de vue surplombant qui vous fait découvrir ce qui se passe à l'échelle globale. Les réactions humaines, les agissements des gouvernements, la prise en main des IA pour s'occuper du problème, les troubles. Cette partie est intéressante, mais reste relativement classique et possède même un petit parfum suranné qui fleure bon la SF à l'ancienne. Ce côté daté est discret et donne du charme à l'ensemble plutôt que d'être rédhibitoire.

Mais ce qui fait toute la force de ce novella, c'est l'histoire de Tommy. Ce jeune garçon victime de violence par un père abusif qui cogne aussi une mère passive coincé dans un schéma de violence conjugale hélas bien trop vraisemblable ici. Il en résulte que Tommy ne vit pas bien tout ça et s'évade régulièrement au propre comme au figuré. Tommy voit des choses, des créatures qu'il est le seul à voir, des espèces et un monde superposé au nôtre. Un délire psychotique ? A moins que cela soit lié à l'invasion extraterrestre qui se met lentement en place.

L'alliance de ces deux histoire donne une perspective très intéressante sur ce récit de fin du monde presque apathique tant les humains sont ignorant de ce qui se trame réellement et cette angle totalement "anthropodécentré" est une grosse réussite.

Un récit touchant et intense, une ambiance doucereuse, pleine d'amertume, une tristesse et une colère qui sourde à chaque page lue de l'histoire de Tommy, l'enfant qui a vu la fin mais que les adultes ont broyé jusqu'à la fin.

Ils l'ont lu aussi :  :  Nebal, L’ours inculte, Yogo, Blackwolf, Just a word, Lorhkan, Xapur

[Relecture 15 ans après...] Hypérion - Dann Simmons

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Hypérion - Dan Simmons, lu par Matthieu Dahan
Audible Studio // 2017 (VO 1989) // 21h21min

Ha ! Hypérion, un des grands classique de la SF, assez incontournable et pour une fois il a moins de 50ans !
Pour moi, Hypérion a une saveur particulière. Je l'ai découvert à 19ans, il y a bientôt 16ans, après avoir rencontré celle qui est ma compagne depuis ce temps et grâce à elle. Nous étions ensemble depuis quelques semaines, une séparation de deux mois pour vacances scolaires nous attendais et elle me l'a mis dans les mains en me disant qu'il fallait que je lise ça.
Et je l'ai dévoré suite à quelques nuit très courtes.

Sa relecture me faisait envie depuis longtemps mais le temps se faisant rare, j'ai toujours repoussé. Et finalement c'est en audiolivre que j'ai sauté le pas. Un format que j'apprivoise doucement depuis quelques mois et que j'ai particulièrement apprécié ici, même si j'ai quelques remarques, mais on y reviendra.

De quoi ça cause

Hypérion c'est le nom d'une planète en dehors de l'hégémonie humaine sur laquelle on trouve les tombeaux du temps, des artefacts mystérieux entouré de champs anentropiques qui jouent sur le passage du temps. C'est la aussi que se trouve le Gritch, une créature plus ou moins mythique, un monstre de métal au corps hérissé de lames et de pointes qui à certaines périodes enlève et tue ceux qui s'approche trop de ces tombeaux.
Et c'est là que se rendent 7 personnages pour l'ultime pélerinage organisé par l'église gritchtèque.
Qui sont-ils, pourquoi se rendent-ils sur cette planète aux confins de l'empire humain quand la guerre interstellaire menace, qu'est-ce qui les relie au Gritch et qu'elles sont leurs point communs ? Ce sont des tas de questions qui vont commencé à trouver réponses alors que tours à tours, les pélerins vont livrer leurs récits.

Un roman riche et vertigineux
Pfiou, j'avais oublié a quel point ce roman est riche et dense. Si les récits ne sont pas tous aussi intéressants il permettent de dessiner en creux un univers foisonnant et d'une très grande richesse. Tout comme les personnages qui les narre, ces histoires sont toutes très différentes, passant du récit d'exploration au roman noir cyberpunk, à la romance impossible, au récit familial tragique ou bien à l'histoire décadente d'un poète et la fin de la Terre.
On a ainsi une multitudes d'éléments qui s'offre à nous, de thèmes SF tel que la religion, l'écologie radicale, la poésie, l'amour, les complots politique, des guerres interstellaire, bref, un vrai melting pot réussi de tout ce que peut offrir le genre. Car loin d'être noyé par cette abondance qui pourrait être un peu trop, Simmons réussi une synthèse de tout ce que peut offrir le genre ou presque.


En somme j'ai vraiment, vraiment kiffé cette relecture, mais pourtant j'ai des choses à redire, parce que je n'ai plus 19 ans et que ma conscience politique de Social Justice Warrior s'est bien développée depuis, et puis je connais un peu les orientations de l'auteur. Et du coup il y a quand même plusieurs points qui m'ont fait grincer des dents :
- Le récit du père Paul duré qui est quand même bourré de colonialisme et de paternalisme dans sa manière de dépeindre les Bikuras, sans oublié le validisme. Alors oui c'est le postulat de base que ce peuple est "retardé" à cause d'une influence externe, mais cette manière de le présenter et puis de dépeindre les pensés du Père Duré, ça pue un peu.
- Globalement les relations hommes femmes et notamment le rapport au sexe hétéro est super moisi, mais bon c'est comme ça même dans des tas de bouquin récent hein.
- ça découle du précédent point, mais le récit du colonel Kassad est une purge qui m'a fait grincer des dents tellement de fois. Il rencontre un personnage en réalité virtuelle et genre c'est le grand amour alors qu' chaque fois qu'ils se voient, ils n'échangent pas plus de 3 mots et passe leur temps à baiser. Bref, ça pue le fantasme et c'est inintéressant.

L’expérience audio
Comme je le disais au début, j'ai relu Hypérion en audiolivre, et l'expérience à été vraiment très réussie. Le lecteur a une voix vraiment agréable qu'il adapte pour chaque personnage avec beaucoup de talent, c'est un plaisir pour les oreilles à une exceptions près.
Dans le premier récit, un personnage secondaire qui apparait heureusement peu de temps s'avère être noir, et le lecteur prend un "accent africain" (remarquez bien les guillemets...) pour faire parler ce personnage. Vous savez l'accent presque à la Michel Leeb avec les "R" remplacé par des "W" genre : "Bonjouw". C'est extrêmement malaisant, et totalement inacceptable.

Alors, au final, ça valait le coup quand-même de relire Hyperion ? Oui et mille fois oui, parce que malgré les points noirs relevés, ça reste un roman riche, ambitieux, monumental, une pierre angulaire du genre qui mérite amplement son titre de classique, et je vais m'audiolire la suite sans tarder, parce que, il faut quand-même le dire, toutes les hitoires entamé ici ne trouveront leur conclusion que dans La Chute d'Hyperion !

La Forêt des araignées tristes - Colin Heine

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La Forêt des araignées tristes - Colin Heine
Actu SF // 2019 // 487 pages
- Service Presse transmis à ma demande -
 
Bastien de Corville est une sorte de petit noble, peu argenté, qui procrastine depuis apparemment un certain temps devant ce qu'il espère devenir une encyclopédie des bestioles et créatures qui vivent dans la vape, la brume mystérieuse qui recouvre le monde. Régulièrement Ernest Gulliver, explorateur de son état pour le compte de La Compagnie collabore avec Bastien pour lui fournir des restes et vestiges de bestioles étrange et alimenter ainsi sa future encyclopédie.
Le quotidien des deux lascars va se retrouver chamboulé quand notre scientifique en herbe va se retrouver mêler coup sur coup à un accident spectaculaire et un assassinat dont il va réchapper de justesse à chaque fois.
Ébranlé par ces évènements, Bastien va être entrainer dans une intrigue tortueuse et des complots mystérieux.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le roman de Colin Heine est ambitieux. L'intrigue s'avère assez riche, pleine de fils et ramifications faisant intervenir de multiples personnages assez variés et permettant de donner un aperçu du vaste monde qu'il nous a concocté.
Le tout est écrit dans un style souvent riche et travaillé qui participe à l'immersion dans ce riche univers, même si parfois certaines tournures de phrases m'ont parues confuses.

Un univers, qui avec son habillage steampunk fait de machines à vapeurs, de dirigeable, de gargouilles que l'on peut chevaucher et d'ambiance belle époque, est une grosse réussite. L'atmosphère 19eme siècle poisseuse, est tangible, les clins d'oeil à notre monde multiples fonctionne bien (que ce soit l'omniexpo ou bien le vaisseau Gigantic) et toutes les strates de la société sont présentés, certains chapitres pouvant presque s'appeler "Le marxisme pour les nuls".

Côté personnage, là encore c'est assez réussi. Si notre héros Bastien est parfois insupportable de naïveté et de privilège, les personnages secondaires qui gravitent autours et les antagonistes sont tous intéressants. Que ce soit Gulliver l'explorateur (héhé), Gerfon le tueur en série un peu spécial ou bien Agathe la domestique au grand cœur, tous ont une utilité.

Le roman n'est tout de même pas exempt de défauts. Certains des personnages, dans leur caractérisation manquent de finesse ou d'originalité et s'avère ainsi un peu trop stéréotypé.
L'intrigue semble retorse mais on a parfois l'impression d'une complexité un peu artificielle. Certaines intrigues paraissent un peu parachutées et il faut avouer qu'il y a tout de même de gros concours de circonstances pour que le tout se tienne.
On pourra aussi s'interroger sur le titre. La forêt fait quelque pages et on a une araignée (certes vraiment balèze) qui ne m'a pas l'air particulièrement triste.

Cependant, malgré ces points négatifs, j'ai passé un bon moment grâce a une construction de monde réussie, une ambiance travaillé et un style assez agréable. Un roman qui s'il n'est pas la révélation espéré s'avère très divertissant.

Le Gambit du Renard - Yoon-Ha Lee

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Le Gambit du Renard - Yoon-Ha Lee
Lunes d'encre // 2018 (VO 2016) // 384p
 
Je marche beaucoup aux couverture moi, et je dois avouer que celle de ce roman m'a fortement donné envie. Oui, c'est pas forcément malin, mais bon, c'est surtout le fait qu'on ai un space opéra hard sf qui m'a convaincu de sauter le pas pour ce titre qui a reçu le prix Locus 2017 du meilleur premier roman.

Et il faut dire qu'il y a clairement de la qualité et du potentiel pour ce 1er tome de ce qui est une trilogie. Petit aparté d'ailleurs sur le fait passablement agaçant que ce ne soit indiqué nulle part dans le livre. Ce n'est pas le premier éditeur qui procède de la sorte et c'est un peu malhonnête. Bref.


Avec Ninefox Gambit, on a droit à du Space Opéra Hard SF et militaire. Le côté Hard SF tient dans la conception de son univers qui se base sur un domaine des mathématiques appelé la topologie (merci à Feyd Rautha pour l'explication). honnêtement, c'est incompréhensible, mais ça n'a pas grande importance. La seule chose à retenir c'est que les propriété physique et temporelle sont maléable et altérable en fonction des systèmes de croyance dominant. Et l'Hexarcat, la société expansionniste dominante au cœur du récit à un intérêt particulier à maitriser ces conditions car cela influe grandement sur la technologie qu'ils utilisent et donc sur leur main mise sur les territoires.


L'Hexarcat est donc un état totalitaire, séparé en six factions ayant chacune leur rôle (militaire, renseignement, endoctrinement...), qui contrôle les corps, et les esprits surtout. Pour que la doctrine soit suivi et que les conditions soient maitriser, cela passe par le lavage de cerveau, les fêtes rituelles impliquant tortures et conditionnement et par l'utilisation de forteresses spatiales répartis dans leur espace contrôlé et qui projettent le calendrier, la référence temporelle qui maintient l'orthodoxie.
C'est là qu'on arrive au cœur de l'intrigue puisque tout commence par l'irruption d'une hérésie calendaire majeure dans une de leur forteresse principale, La Forteresse des Aiguilles Diffuses.
Pour combattre cette hérésie, Cheris une capitaine de la faction militaire des Kel va être sélectionné. Et pour l'aider, Jeadao, un général de la faction des Shuos. Ce dernier, considéré comme le traitre ultime devant les atrocités qu'il a commises a été condamné être décorporé et placé en animation suspendu. Il est sorti du congel à intervalles régulier pour être utilisé car il reste le plus grand stratège de l'Hexarcat, toujours invaincu sur le champs de bataille.


L'ensemble du roman va tenir sur une chose, comment accéder à la forteresse hétérodoxe et mettre un terme à l'hérésie. Le résultat c'est que sur 500 pages, nous avons quasi exclusivement le récit d'une bataille. Et cela peut-être parfois un peu long, d'autant plus que l'étrangeté des armes et technologies utilisés ne rendent pas toujours l'ensemble très clair. 
Heureusement, si l'aspect militaire et bataille est relativement prépondérant, il n'y a pas que cela, et ce qui va faire tout l’intérêt du roman et sa grande force c'est la relation entre Kel Cherris et son fantôme, Jedao. 
Au fil de l'histoire, on découvre avec intérêt la construction de la confiance, la manière subtile qu'à Jedao depuis le début d'enseigner une leçon cruciale à Cherris. Et bien sûr on finit par comprendre que comme souvent les apparences sont très trompeuses.
Avec leurs interraction, c'est l'arrière plan du roman et de son univers qui s'éclaire peu à peu. On découvre des aspects sociaux et historiques de l'Hexarcat et c'est passionnant.

Le Gambit du Renard est clairement un roman exigeant. Déjà de part son concept de base qui peut avoir tendance à donner mal à la tête, ensuite, au-delà de ça, par l'étrangeté générale qui se dégage de l'univers. Que ce soit les technologies, les noms de lieux, de vaisseaux, on est vraiment ailleurs, dans une société proprement étrangère. Aussi bien sûr par son intrigue riche et tortueuse qui réserve beaucoup de surprises. Et puis par le fait qu'il nous plonge directement dans le bain sans nous tenir la main. L'immersion est brutale mais elle vaut la peine car malgré la possible difficulté à rentrer dedans ou bien le côté très militaire qui peut éventuellement rebuté, c'est un roman riche et intelligent, plein de potentiel, et de la bonne SF.

Les Question dangereuses - Lionel Davoust

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Les Question dangereuses - Lionel Davoust
Actu SF Helios // 2019 // 121 pages
Texte publié précédemment dans Dimensions de Capes et d’Esprit vol.2, anthologie dirigée par Éric Boissau, éd. Rivière Blanche, 2011. 
Service Presse transmis par ActuSf à ma demande.

Panâme, 1637.
Thésard de la Meulière, Mancequetaire du Roi va se retrouver au cœur d'un complot d'envergure international. Armé de sa verve et de son Libram, il va enchainer Questions et Réponses pour dénouer les fils du mystère dans ce court texte de cape et de plume où le style et l'aventure vont faire de ce voyage face à l'indicible une lecture plus que plaisante et amusante.

Pourquoi c'est bien
- Une ambiance cape et d'épée aventureuse très réussie.
- Une relecture des duels où les joutes verbales à coup d’énigmes remplacent le fer qui se croise. Ce n'était pas évident de prime abord, mais voir un gentilhomme asséner Questions sur Questions à un opposant démunie peut s'avérer aussi dynamique et entrainant qu'un duel à l'épée, et tout aussi mortel ! Chapeau bas.
- Un humour subtile et érudit, que ce soit par le contexte ou bien dans les noms de lieu et de personnages. Jean Lacanne, discliple de Sigismond Fréderic ou bien François-René de Spline et ses mémoires d'Hécatombes, c'est très joliement fait, et l'on rit beaucoup.
- C'est globalement érudit, remplis de références littéraires diverses, c'est très bien intégré, je regrette juste ma propre inculture qui m'a parfois donné l'impression de passer à côté de certaines.
- C'est joliment écrit, dans un style qui rend hommage, ou plutôt qui se moque gentiment, aux romans à la Dumas.
- Il y a de l'indicible à tentacules, mais je n'en dirait pas plus.

On notera qu'en plus du texte principal, un long entretien avec l'auteur accompagne et éclaire de manière très intéressante le présent récit.