Les oiseaux du temps - Amal El-Mohtar & Max Gladstone

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Les oiseaux du temps - Amal El-Mohtar & Max Gladstone
Mu // 2021 (2019 VO) // 192p

Bon j'annonce, ce roman est un énorme coup de cœur. Et paradoxalement, il m’apparaît difficile d'en parler. L'histoire est simple et complexe à la fois, et j'ai peur que rien de ce qu'en j'en dirais ne lui rende vraiment justice et soit à la hauteur de ce que j'ai ressenti pour ce magnifique récit, cette superbe romance lesbienne.

Rouge travaille pour l'Agence, Bleu, travaille pour le Jardin, toutes les deux sont des agentes de terrain, impliqués dans une guerre temporelle où elles passent leur temps à lier des trames et délier celles de l'adversaire. Jusqu'au jour où Bleu tombe, sur un champ de bataille, sur une lettre laissé par Rouge à son attention.

C'est ainsi que commence entre les deux femmes une correspondance, qui lentement va tisser entre elles une relation forte, les premières provocation s'effaçant pour laisser place à la confiance et finalement à l'amour. 

* * *

L'intrigue est en fait assez simple, Rouge et Bleu s'affronte, interfèrent dans les missions l'une de l'autre cherchant à déstabiliser l'autre camp, mais le contexte restera relativement flou jusqu'au bout. Au fil des chapitres alternant entre les lettres de l'une ou de l'autre et leurs mission, on en découvrira bien sûr un peu plus sur Jardin et l'Agence mais sans jamais avoir d'idée précise de leur but ou de leur motivation, autre que la victoire de leur camps, l'imposition de leur vision de la vie au détriment de celle de l'adversaire.

Car si une chose est tout de même clair, c'est que ces deux camps ont des concept de vie radicalement opposés. Jardin nous apparait comme un organisme biologique total, d'où viennent chacune de ces créature tandis que l'Agence semble être une entité numérique, un esprit de ruche qui ne s'incarne et n'accède au biologique que pour s’impliquer dans la guerre qu'elle se livre avec Jardin. Deux visions du monde donc, a priori irréconciliable mais dont, au fil des discussions de plus en plus sincère  de Rouge et Bleu, nous allons découvrir les points communs et les différences avec plus de précisions.

Les missions qui nous sont présentés nous permettent donc d'esquisser les contours de ces deux sociétés mais surtout de découvrir à chaque fois les lettres que se laissent nos deux agentes. Et les moyens de communication utilisés sont bien loin des simples missives de papier, puisque les deux femmes rivalisent de ruse et d'ingéniosité pour coder, camoufler, incorporer les messages qu'elles se transmettent.

* * *

Si le contexte de la guerre temporelle à bien sûr une importance dans l'histoire, ne serait-ce que pour nous permettre de saisir les enjeux culturels qui opposent les deux femmes, il reste globalement très secondaire au regard de la relation que vont tisser les protagonistes. 

Et ceci, est fait de la plus belle des manière. Tout d'abord on a le style, poétique, lyrique, plein d'une beauté flamboyante qui, allié à cette histoire va toucher au cœur.

Et quelle histoire ! Les oiseaux du temps nous parle d'Amour bien sûr, mais plus largement des liens qui unissent, des différences qui rapprochent plus qu'elles ne séparent. Ce livre nous parle de l'altérité la plus radicale, de l'autre dans tout ce qu'il peut avoir d'étrange, différent, repoussant même et de comment, en embrassant cette altérité, on y trouve la joie. 

Amal El-Mohtar et Max Gladstone nous parlent aussi de la façon dont la confiance se gagne, se tisse, se donne surtout, avec la lente et inexorable progression la relation de Bleu et Rouge. C'est fait tout en subtilité, sans précipitation, avec tantôt de la douceur, tantôt un désir puissant qui dévore tout.

Incontestablement ancré dans la science-fiction par son contexte, ses thèmes et sa forme,  Les Oiseaux du Temps est un livre magnifique, poétique, beau, ardent, plein de désir et d'amour, touchant au-delà du dicible, qui met tout son arrière plan, toute sa construction au service de son histoire. Il utilise savamment tout les éléments mis en place pour nous faire vibrer jusqu'à la toute fin, c'est un livre intelligent, qui reste en tête, qui joue avec nous aussi, en offrant de subtils et savamment dosés retournement de situation et qui remplis d'émotions fortes.

C'est un livre qui se ressent, et qui peut potentiellement être clivant, pour peu que les non-dits, les zones d'ombres laissé à l'imagination du lecteur ou de la lectrice entache le plaisir et frustre.

Mais c'est un livre fort qui marque et qui mérite absolument qu'on lui laisse sa chance.

Ils en parlent : Lianne, L'ours inculte, Les histoires de Lullaby, Vanille, Le Maki

Demain et le jour d'après - Tom Sweterlitsch

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Demain et le jour d'après - Tom Sweterlitsch
Albin Michel Imaginaire // 2021 (VO 2014) // 416p
Livre lu en service presse

J'étais très curieux de ce roman qui annonçait une enquête sombre sur fond cyberpunk et c'est totalement ça effectivement, bien que, plutôt que sombre, il vaut mieux parler de glauque, sordide, voir franchement crade.Mais regardons déjà de quoi ça parle.

Futur proche, 10 ans après l'attentat de Pittsburgh qui a réduit la ville à l'état de scories. John Dominic Blaxton, un poète à perdu sa femme et son enfant à naître lors de cet évènement et depuis il reste englué dans une profonde dépression et se perd régulièrement dans l'Archive, un double numérique de la ville construit à partir de toutes les images collectés par les multiples capteurs et caméras omniprésentes et qui permet de s'y promener pour revivre des moments de sa vie pour peux que ceux-ci aient été captés. Pour rendre l'immersion en réalité virtuelle plus tangible, il s'abîme régulièrement dans les drogues.
Son métier actuel d’enquêteur est un prétexte supplémentaire pour lui d’errer dans l'Archive, et c'est là qu'il va découvrir le cadavre d'Hannah. Une découverte qui va l'obséder totalement et dont la recherche de vérité va l'amener à découvrir des choses toutes plus immondes les unes que les autres.

* * *

L'enquête est relativement classique, mais suffisamment prenante et possède de multiple rebondissements et découvertes qui rendent le récit accrocheur malgré parfois certains événements prévisible.

Le monde décrit par Tom Sveterlitsch par contre est des plus intéressant. Située dans un futur assez proche, il extrapole une omniprésence des réseaux dans ce qu'ils ont de plus envahissant, par l'intermédiaire du Neurospam, sorte de smartphone connecté sur le cerveau et proposant un monde en RV remplie de réalité augmenté et de pop-up publicitaire intempestifs. Il imagine aussi une société du spectacle misogyne poussée à l'extrême où le porno est partout, ou les exécutions de condamnés à mort sont retranscrit en direct, présidé par une Présidente Meecham qui tient d'un mix obscène entre Trump et Sarah Palin. C'est un monde clairement déprimant, plongé dans l'autoritarisme, violent à l’extrême.

* * *

Il résulte malheureusement de cet univers un manque flagrant de personnages féminin variés et une tendance exagérée de l'auteur à nous présenté la violence de manière extrêmement graphique, et une violence principalement faite aux femmes. L'intrigue est centrée sur des féminicides et on peut comprendre que le but de l'auteur est de mettre en scène cette violence, ce monde misogyne pour l'exposer dans toute son horreur, mais c'est souvent trop.

Pour autant, le roman à malgré ça des choses très intéressantes à proposer, notamment concernant son personnage principal et son obsession pour sa femme défunte. L'auteur aborde la dépression de John Dominic avec beaucoup de justesse. Le récit à la première personne y est probablement pour beaucoup, mais on vit intensément les affres et souffrances du poète, on comprends sa détresse et les échappatoires qu'il se cherche.

Demain et le jour d'après est un roman dur qui porte peu d'espoir. Il propose une extrapolation de tout ce qu'il y a de pire dans notre monde actuel, un protagoniste dépressif qui peine à garder la tête hors de l'eau et une intrigue qui met au cœur de son récit des problématiques très contemporaine, les féminicides, la domination des hommes de pouvoirs et l'impunité qu'ils s'arrogent. C'est un roman qui a mon sens joue trop sur les violences faites aux femmes pour appuyer son propos et qui aurait mérité d'offrir des points de vues féminin plus divers même s'il offre avec l'une de ses personnages un exemple de résilience intéressant.

Je suis content d'avoir commencer ma découverte de l'auteur par ce qui est son premier roman, plutôt que Terminus car celui étant selon plusieurs avis plus abouti, je n'aurais pas de déception lors de ma lecture prochaine.

Ils en parlent : Lune

Ressources antisexistes pour s'éduquer

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 Le 21 avril dernier, et dans le cadre du mouvement #MeToo de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, Mediapart publiait un article mettant en cause Stéphane Marsan, co-fondateur de la maison d'édition Bragelonne, une maison bien connu dans notre microcosme SFFF. 

"Autrices, éditrices, étudiantes, traductrices ou stagiaires… Toutes font part de remarques et de gestes inappropriés, à connotation sexuelle, dans un cadre professionnel."

De nombreux témoignages, anonymes ou non y sont publiés.

Je ne suis pas journaliste donc je ne vais pas vous faire une analyse quelconque, exercice que je ne maitrise pas pour ce genre de chose, mais je voudrais faire part de mon soutien inconditionnel aux victimes de violences sexistes, sexuelles et masculinistes.

Notre petit milieu de la SFFF n'étant pas toujours le plus progressif, il faut bien l'éduquer un peu pour prévenir autant que possible ce genre de choses, c'est ainsi que Meor à tweeté :

"Hey les amis du milieu SFFF, vous seriez intéressés par une liste de ressources pédagogiques/lectures/critiques au sujet du sexisme, du harcèlement, et des choses que l'on peut faire indiv/collectivement pour enrayer ça? (je mets au masculin car...vous avez plus de pouvoir!)"

Du coup je me suis dis que j'allais compiler les choses que je lis, écoute pour tacher de m'éduquer sur ces sujets. Je sais que c'est très loin d'être exhaustif sur le sujet, mais ce sont des pistes et c'est bien sûr amené à évoluer à l'occasion. 

 

Ressources antisexistes

----- Livres -----

> La Domination Masculine - Pierre Bourdieu

C'est écrit par un homme, et je crois qu'il est un peu controversé, notamment à cause du fait qu'il ne cite pas nombre de féministes dont il utilise les travaux mais c'est le premier ouvrage que j'ai lu sur le sujet et... bon il me semble quand-même pertinent.

C'est très instructif dans sa manière de décrire les mécanismes de domination et notamment comment magrés les changements apparent les choses restent les même quand on va dans le détail mais c'est complexe et jargonnant.

> Nous sommes tous des féministes - Chimamanda Ngozie Adichie

Parfait pour une introduction aux questions féministes, en rajoutant un dimension supplémentaire lié aux problématiques des femmes noires. C'est court et très accessible.

> Chère Ijeawele. Un manifeste pour une éducation féministe - Chimamanda Ngozi Adichie

Je l'ai lu peu avant la naissance de ma fille et c'est intéressant. Sur le mode du témoignage cela offre des pistes de réflexions sur la manière d'éduquer nos enfants. Une réflexion essentielle si l'on veut changer le monde de demain.

> King Kong Théorie - Virginie Despentes

150 pages coup de poing entre l'autobiographie et l'essai qui décortiquent la violence des rapports hommes/femmes. C'est cru, un choc mais essentiel.

> Ces hommes qui m'expliquent la vie - Rebecca Solnit

Une compilation d'articles écrits par l'autrice sur plusieurs années. C'est parfois un peu décousu mais c'est intéressant.

> Une culture du viol à la française - Valérie Rey-Robert

Un livre clair et didactique sur la manière les violences sexuelles dans la société française. C'est extrêmement sourcé, très factuel et les analyses sont d'une grande pertinence.

----- Blogs, Sites et articles -----

> Crepe georgette

Blog tenu par Valérie Rey-Robert, je le lis depuis très longtemps, il a basiquement fait le principal de mon éducation sur les sujets du féminismes. 

> ça fait genre

Plus mis à jour depuis pas mal d'années, mais pleins de ressources très utiles

> La mecxpliqueuse

Blog qui analyse, parle et déconstruit la masculinité

> Antisexisme

Des articles complets qui analyses les différents mécanismes du sexisme

> Dans un choufleur

Un blog transféministe tenu par une amie très chère. Les mises à jours sont rares mais de qualité.

> Sur l'éducation au consentement

Article à l'usage des plus jeunes mais pas uniquement.

> Bibliographie Féministe

Sélection sur le site de libraires Librest

> Emma

Le blog de la dessinatrice Emma, celle qui a été popularisé par la publication de sa BD sur la charge mentale. Elle aborde d'autres sujets (anti racisme, anticapitalisme) mais bon... tout est lié

> S.L.I.P.
Société de Libération de l’Imaginaire contre les Préjugés.
Lutte contre les stéréotypes de genre, promotion de l'égalité garçon/fille, notamment au travers d'une littérature jeunesse inclusive. Leur compte instagram plein de recos littéraires

----- Podcasts -----

> Les Couilles sur la table

Podcast de référence sur les question de masculinité

> Un podcast à soi

Un podcast d'une très grande qualité qui analyse, partage des témoignages, recontextualise tout. C'est érudit, toujours pédagogique et très clair et la réalisation sans faille.

> Camille

Un podcast très pédagogique sur les questions de genre, parce que c'est essentiel de se questionner sur le genre quand on aborde les problématiques sexistes

> Breton.ne.s et féministes

Un podcast qui deux fois par mois "explore les féminismes en Bretagne".

> Quoi de meuf

Podcast qui parle pop culture en analysant des œuvres avec une perspective féministe intersectionnel

3 minutes contre les stéréotypes de genre

C'est court, à destination des enfants du primaire, mais pas inutiles pour certains adultes ^^

Epées et démons - Fritz Leiber

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Epées et démons - Fritz Leiber
Pocket SF // 1985 (VO 1970) // 250p

J'ai finalement décidé de m'attaquer à un monument de l'heroic fantasy, le Cycle des épées. Si je déplore régulièrement le manque de diversité dans les littérature de l'imaginaire (Oui ça évolu, je sais pas besoin d'une liste), j'ai malgré tout le coupable plaisir d'apprécier encore certains textes surannés, épiques et riches en aventure, tel que les Conan d'Howard. Mais à petite dose.

Bref, du coup en voyant passer un article récent de Xapur sur le sujet, je me suis rappelé que j'avais envie de lire cette saga du père de la Sword & Sorcery.
Bon par contre, vu que les intégrales Livre de Poche sont pas ultra agréable (avec une couverture très bof) et que les couv des éditions Bragelonne sont moche (à part celles des 10 ans mais dur à trouver), je me suis rabattu sur un lot trouvé d'occasion des Pocket SF à dos noir avec les illustrations de Siudmak en pleine page ! Et moi j'aime bien Siudmak, même si ses illustrations sont incompréhensible et / ou n'ont aucun rapport. C'est pas grave, c'est beau.

Bref c'est parti, pour de l'aventure, de la baston et de la magie noire !

Les Femmes des Neiges

Second texte du présent volume (mais le premier fait une page et s'avère être une vague introduction joliment écrite mais sans particulièrement d'interet) et l'on fait la connaissance de Fafhrd, un barbare des terres enneigés vivant sous la coupe d'une société matriarcale de sorcière des neiges acariâtres et envieuse... tout un programme.

C'est long, rempli de clichés sexiste, et pas palpitant pour deux sous. On découvre les origines d'un des héros, un barbare en quête de civilisation, mais qui ne se sent pas assez civilisé pour assumer sa paternité puisqu'il fuit sa future femme enceinte avec une saltimbanque sexy *soupire*. 

Vu qu'en l'on a encore aucun attachement particulier aux personnages, on s'ennuie ferme. C'est le soucis de présenter des œuvres dans une chronologie interne et non dans dans l'ordre de publication.

Le Rituel profané

Cette fois-ci, se sont les origines du Souricier Gris qui nous sont présentés, et si globalement on retrouve les même soucis de représentation féminine foireuse  (combo lâcheté et attireuse d'emmerdes *soupire*), cette fois-ci on a une intrigue plus prenante. Magie noire, meurtre, trahison et torture, rien que ça. On découvre le Souricier en apprenti magicien, éperdu d'amour pour Ivrian, la fille du Duc Janarl, un amour qui va lui causer bien des ennuis. L'intrigue n'est pas extraordinaire mais l'histoire est courte et le style suffisamment dynamique pour que l'on y trouve de l'interet.

Mauvaise rencontre à Lankhmar (Nebula Award and a Hugo Award)

Et on attaque le dernier morceau, la rencontre des deux (anti-)héros. Celle-ci se fait au détours d'une allée sombre dans la cité de Lankhmar, sur le détroussage de deux membre de la guilde des voleurs.
Leur rencontre fortuite les lie instantanément, dans l'ivresse, la violence et le tragique. Les deux héros sont à Lankhmar avec leurs amour respectifs rencontré dans les textes précédent, Fafhrd pour accomplir la vengeance de sa dulcinée, le Souricier pour tenter de maintenir le niveau de vie de la sienne.

Le texte laisse parfois perplexe tellement on a juste l'impression de voir le cliché de deux potes qui picolent ensemble et râlent sur leurs femmes respectives. Mais à côté de ça, leur rencontre semble à la limite de la bromance, et l'on ne peut pas s’empêcher de déceler un sous texte homoromantique entre les deux héros dans nombre de leurs interactions (ou alors j'ai trop de yaoiste dans mon entourage).

Côté intrigue, on a de la quête de vengeance, de l'infiltration dans une guilde des voleurs, un affrontement contre un mage noir terrifiant et de l'alcool, beaucoup. C'est plaisant à lire, parfois drôle, et la fin, bien que reposant sur un ressort scénaristique un peu trop usé fonctionne surprenamment bien et offre un retournement de situation dramatique du plus bel effet, offrant un contraste fort avec l'humour et l'aventure du texte.

Bon, de là à lui filer le Hugo et le Nebula par contre...

Premier contact en demi teinte donc avec cet univers et ces héros qui accusent leur âge mais qui semblent malgré tout prometteur. Ce premier tome souffre du défaut d'avoir été conçu avec un ordre de lecture ne facilitant pas l'immersion immédiate et proposant une introduction assez molle heureusement rattrapé par un dernier texte fort agréable. Je poursuivrais donc, ne serait-ce que parce que comme un couillon, j'ai acheté l'intégrale d'un coup... (Bon pour 6 balles, ça va).

Ils en parlent :
Xapur

 

[Star Wars] Une épreuve de Courage - Justina Ireland

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Une épreuve de courage - Justina Ireland
Hachette Jeunesse (Bibliothèque verte) // 2021 // 220p

Après l'excellentissime La lumière des Jedi, on continue la découverte de la Haute République avec un roman jeunesse, à destination des 8/10 ans, publié chez nous chez la Bibliothèque Verte. Les attentes sont forcément différentes, le public visé n'est pas le même et les ambitions sont toutes autres.

Vernestra "Vern" Rwoh est, à 16 ans, l'une des plus jeune chevalier Jedi. Sa première mission va l'assigner à la protection d'Avon Starros, 13 ans, fille d'une sénatrice de la République. Elles voyage dans le Steady Wing pour une croisière diplomatique en compagnie du maitre Jedi Douglas, de son Padawan Imri ainsi que de différents dignitaires de Dalnan. Suite à une catastrophe causé par les Nihils, Vern, Avon, Imri et le jeune dalnan Honesty vont se retrouvé isolés sur une planète jungle inhospitalière.

* * *

Le scénario de ce roman est simple, adapté à son public cible.Nos jeunes héros nous sont présentés, une catastrophe arrive et ils vont devoir survivre par eux-même, seuls, sans adultes, traversant ainsi des épreuves initiatrice transformatrices. Pas de révolution de ce côté et nous sommes bien sûr loin de l'ampleur galactique et de l'épique que propose La lumière des Jedi. 

Mais cela ne veut pas dire que le roman de Justina Ireland soit dénué d'intérêt, bien au contraire, car elle soigne particulièrement les caractères de ses personnages et leurs questionnements.

Ceux-ci traversent chacun leur épreuve, que ce soit la tentation du côté obscur, le deuil, la peur de ne pas être à la hauteur, et c'est très bien fait.

* * *

Pour peu que l'on soit sensible à la littérature jeunesse, ce nouveau roman de la Haute République est fortement recommandable. il nous fait découvrir de nouveaux personnages, aborde des sujets sérieux mais avec un traitement toujours bien adapté à son public cible.
En plus de cela, ce récit nous introduit de nouveau personnages que nous retrouvons dans les autres médias, participant à tisser la grande trame de cette nouvelle ère Star Wars.

Pour finir, juste un petit aparté sur l'édition française du livre. Étant un ouvrage jeunesse, celui-ci est forcément publié chez la bibliothèque verte. Le résultat c'est que l'édition est tout de même beaucoup moins qualitative, mais surtout que les 3 illustrations en double page que l'on retrouve dans l'édition originale non pas été inclues. C'est dommage...

[Star Wars] La lumière des Jedi - Charles Soule

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La lumière des Jedi - Charles Soule
Pocket SF // 2021 // 512 p
- Livre reçu en SP -

C'est peut dire que ce roman Star Wars était attendu, en effet, il s'agit du roman qui ouvre un nouveau pan de la saga Star Wars, La Haute République, une nouvelle période temporelle se passant 200 ans avant la menace fantôme et présentant une république au sommet de sa gloire, et un âge d'or pour l'Ordre Jedi. 

Je dois dire que j'étais fortement enthousiasmé devant les annonces de cette nouvelle saga littéraire. Même si le nouveau canon Star Wars nous a offert de beaux romans jusqu'à présent (et je suis loin d'avoir encore tout lu), je trouve que l'on manquait de saga littéraire d'ampleur comme à pu l'être par le passé la série du Nouvel Ordre Jedi, 20 tomes publié sur de nombreuses années et qui a marqué profondément l'univers Star Wars. Et là, en privilégiant le volet littérature (et comics), Lucasfilm nous fait un très beau cadeau qui promet de belles histoires pour les années à venir. 

La tâche est rude pour Charles Soule puisqu'avec ce roman il doit donner le la de la Haute République, présenter la période, ouvrir la voie aux nombreuses histoires à venir et bien sûr ne pas oublier de raconter une histoire. Alors trêve de suspens, c'est une très grosse réussite, et nous allons voir ça en détails. 

* * * 

200 ans avant la menace fantôme, la chancelière Lina Soh s’apprête à inaugurer le Flambeau Stellaire, une station spatiale située dans la Bordure extérieure dont le but est de faire rayonner la république jusque dans ses confins, de montrer aux systèmes reculés qu'ils ne sont pas oubliés, d'améliorer les communications, d'offrir un point de rencontre culturel, politique, d'héberger un avant-poste Jedi d'importance. Sauf qu'il y a un accident, un drame, le Legacy Run rencontre un problème dans l'hyperespace et le vaisseau se disloque propulsant un monceau de débris quasiment à la vitesse de la lumière dans le système Hetzal, et même au-delà. Heureusement, un contingent de Jedi à proximité mené par la Maitre Avar Kriss intervient pour gérer la catastrophe. Cette catastrophe est-elle accidentelle ou bien a-t-elle un rapport avec les mystérieux Nihil, sorte de gang de pilleurs qui surgit et disparaît presque à volonté, pliant l'espace à ces désirs ? 

* * *

Le roman de Charles Soule se partage en deux grosses parties qu'il faut presque considérer séparément, tout d'abord la catastrophe et sa gestion immédiate, et ensuite, l'enquête et les conséquences à moyen terme. 

La première partie est un concentré d'action, elle alterne des chapitres courts, introduits une multitude de personnages, et nous présente, à travers la gestion immédiate de la crise, une partie du fonctionnement de la république et de l'ordre Jedi. Et de ce côté-là c'est grandiose, ceux-ci sont les gardiens de la paix et de la justice dans toute leur splendeurs. Ils sont flamboyants, éclatant, les Jedi tels qu'on les rêve et tels qu'on ne les a jamais vraiment vu. Alors certes, la prélogie nous présente certains de ces aspects, mais dès l'épisode I, on ressent que l'ordre n'est plus ce qu'il a pu être à une époque. Là, il est au sommet de sa gloire, les Jedi sont nombreux, compétents, différents, juste et magnifiques. 

Cette première partie présente beaucoup de personnages, et même si certains nous tapent dans l'œil plus que d'autres, il ne s'agit pas ici d'approfondir les passé et les caractérisations de tous les personnages. Cela viendra plus tard. Dans des comics ou d'autres romans pour certains, dans la seconde partie pour d'autres. 

* * *

La seconde partie du roman est en comparaison plus posée, plus lente, mais elle possède de nombreuses qualités. Elle va s'attarder sur plusieurs choses. D'abord l'enquête de la république, la découverte des Nihil, et l’approfondissement de certains personnages. 

Les Nihil sont donc amenés à être les antagonistes principaux de cette nouvelle période, et si dans un premier temps les personnages principaux composant l'organisation, de même que l'organisation en elle-même peuvent paraître un peu cliché dans le genre "criminels très méchant", tout est beaucoup plus subtil. On retiendra particulièrement le personnage de Marchion Ro, l'Oeil des Nihil, un personnage ambigu et manipulateur dont l'évolution et la transformation et l'espace d'un roman laisse présager le meilleur. 

Du côté des Jedi, on ne sait plus où donner de la tête. On a par exemple Avar Kriss, une maitre Jedi qui a la particularité de visualiser la Force sous forme de musique et qui peut s'y accorder et accorder les autres ensemble. Le duo qu'elle forme avec Elzar Mann, leur amitié, les non-dits qui flottent entre eux et qui laisse deviner ce que pouvait être l'ordre sur certaines règles à l'époque est des plus intéressant. 

Sur la planète Elphrona, nous allons suivre un petit avant-poste Jedi, l'occasion de découvrir leur quotidien loin du temple de Coruscant et de voir des personnages très humains, dont les liens d'amitiés sont fort, faisant preuve d'humour. Des personnages qui vivent, mangent, rient, et agissent quand il le faut, des Jedi vivants ! 

On découvre ainsi le vieux maître Porter Engle qui préfère finir ses vieux jours dans ce genre de coin reculé, qui a développé une passion pour la cuisine (haaaa, son ragoût aux neuf oeufs !) et qui quand la Force en a besoin n'hésite pas à devenir le guerrier dont elle a besoin. C’est un personnage très ambivalent qui par certain côté démonte totalement le cliché du Jedi guerrier justement. " L'aventure heh !l'agitation heh, ces choses, un Jedi ne les désire point." C'est exactement ça et c'est abordé de façon si simple, évidente et claire ! 

Les dynamique Maitre / Padawans que l'on découvre sont aussi très diverses, très variés et sont toutes passionnante, comme entre Loden Greatstorm et Bell Zetifar, un padawan peu sûr de lui, malmené gentiment par son maître qui croit profondément en ses capacités.

* * * 

Niveau personnages, on est admirablement servi, ceux-ci sont nombreux, variés, différents, avec un vrai souci de représentation de genre et d'ethnicité. On a des Jedi femmes puissantes, en grand nombre et c'est agréable ! On pourra juste regretter que la seule représentation LGBT concerne un couple d'homme assez secondaire, mais vu les règles sur l'attachement, il est sûrement compliqué de représenter des Jedi gay, bi ou lesbiennes on imagine… (Ceci-dit on notera que la série de comics La Haute République, scénarisée par Cavan Scot, présente deux Jedi non binaire)

* * *

La lumière des Jedi avait pour mission de nous introduire à la Haute République, et il le fait de la plus belle des manières. Le roman de Charles Soule est d'une grande richesse, il est empreint de l'esprit Star Wars à chaque page tout en nous offrant en même temps une ambiance comme on n’en avait jamais vu. Il se passe énormément d'évènement dans ce roman, de nombreuses intrigues sont mises en place, une multitude de personnages nous est présenté n'attendant que d'être développés dans les années à venir. L'émotion est palpable à de nombreux moments, on ne peut qu'être touché par les événements, les Jedi, la République que rêve cette Chancelière suprême. 

La lumière des Jedi est une magnifique réussite, un roman enthousiasmant qui ouvre la voie à de nombreuses choses, qui fait rêver, passionne et ne donne qu'une envie, plonger encore un peu plus longtemps dans une galaxie très lointaine ! 


 

Sur la pàl - Mars 2021

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C'est l'heure du bilan du mois passé !

Les arrivées

> 7 livres :

J'ai pris les tomes 4, 5 et 6 de  Fullmetal Alchemist Perfect edition histoire d'être à jour et de ne pas me laisser trop distancer.

Sont arrivé aussi Star Wars : Leia Princesse d'Alderaan, Star Wars : La lumière des Jedi, Les maitres enlumineurs, le livre de M.

Les lectures

> 5 Livres

Scarlett et Novak - Alain Damasio

Mon premier Damasio, un texte jeunesse court, 60 pages en papier, lu en 15 minutes et une bouse infâme qui se résume à "les smartphones c'est mal". Avec en plus une remarque franchement homophobe. (Oui, le héros qui se demande si les mecs qui lui courent vont pas le violer parce qu'il découvre qu'ils ont regardé du porno gay... Quel est le fuck)

Star Wars :  Leia, princesse d'Alderaan - Claudia Gray

Une super roman Star Wars sur un moment clef de l'adolescence de la Princesse Leia Organa, chronique complète ici

Epées et démons - Fritz Leiber

Je me suis lancé dans la découverte de ce vieux classique de la fantasy et... bon ce premier tome était pas ouf mais des choses intéressantes, j'attends quand même de voir la suite. (Chronique à venir prochainement)

Les maitres enlumineurs - Robert Jackson Bennet

Un excellent roman de fantasy, une univers très riche, des perso bien écrit, c'est prenant et la chronique complète est ici

L'enfance attribué - David Marusek 

Gros bof. Je n'ai pas du tout accroché au couple principal, et c'est un problème parce que toute la mise en place de l'histoire passe par leur relation. Il y a un potentiel intéressant dans l'univers décrit mais tout repose sur ces deux personnages et ça ne fonctionne pas.

> 4 Comics

Excalibur, vol 2

Un tome plus réussi, moins fouillis que le précédent. On reste un peu dans l'obscurité mais on comprend que l'autrice à des choses derrière la tête et que rien n'est laissé au hasard.

Magnificent Ms. Marvel, Vol. 3: Outlawed

Fin de la deuxième série Ms. Marvel, et j'ai beaucoup aimé. Le nouveau scénariste, Saladin Ahmed, a su capter l'essence du personnage et offrir de nouvelles choses avec. Un peu triste que cela s'achève déjà, d'autant plus que rien n'est annoncé pour la suite. On pourra se consoler en retrouvant le personnage dans la série Champions en attendant.

Valkyrie: Jane Foster, Vol. 2: At the End of All Things
Je me suis enfin mis à jour sur la série de Jason Aaron qui continue l'histoire de Jane Foster et c'était très sympa. On va retrouver le personnage dans sa mini série lié à l'event King in Black après ça.

Captain Marvel Vol. 5: The New World

Un tome très sympa avec du voyage dans le temps. Sans être la série du siècle, Kelly Thompson fait un travail très honorable et c'est franchement plaisant à lire

Et pour avril ?

Du Star Wars, parce que j'ai entamé le mois en finissant La Lumière des jedi, l'introduction à la nouvelle période Star Wars, la Haute République et que je vais enchainer avec le roman jeunesse et les comics sur la même période. Je vais peut être essayer de poursuivre ma (re)lecture du Star Wars Legends post Retour du Jedi, et puis ensuite, on verra ^^

Midnight Sun - Stephenie Meyer

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Midnight Sun - Stephenie Meyer
Hachette // 2020 // 800p

Ha, Twilight... Bella, Edward, l'humaine, le vampire, une histoire d'amour classique en somme mais un succès fulgurant. Classique dans ce qu'elle dépeins une relation hétéro standard totalement inscrite dans son temps avec tout ce que cela implique d'inégalité dans les rapports de pouvoirs, de sexisme intériorisé, de harcèlement et d'emprise romantisé. 

Et pourtant... J'ai aimé malgré tout aimé cette histoire à l'époque de sa publication vers 2007/2008. Oui, c'est malsain par bien des égards, et à ce titre le volume 4 est terrible en plus d'être chiant, mais ce n'est pas pire que 90% de ce que l'on peut trouver dans le genre, et ça simplicité et sa sincérité m'ont touchés à l'époque et fait vibré. J'ai même relu le premier tome début 2020, avec le recul, l'éducation féministe que j'ai acquise et... pas oui c'est plein de soucis mais "c'est pas si pire" quoi. Mais la série c'est pris des tombereaux de haine et de mépris, des réactions que l'on peut attribuer en partie à deux choses. La saga est le fait d'une femme, et elle vise principalement un public jeune et féminin. D'ailleurs je vous invite fortement à écouter le podcast de Lemon Adaptation sur le sujet qui développe ça bien mieux que moi.

Bref, tout ça pour dire que je suis globalement acquis à la cause quand Midnight Sun est finalement annoncé. Finalement ? Oui parce qu'à l'origine, Stephenie Meyer travaillait dessus en 2008 mais elle a mis de côté le projet quand les premiers chapitres du manuscrits ont fuité. 

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Midnight Sun nous propose donc de revisiter le premier tome de la saga, Fascination, mais narré par Edward Cullen, le vampire, et compte donc nous faire partager l'intégralité de ses pensées. Oui, toutes ses pensées. Et croyez-moi, ça fait beaucoup, beaucoup de pensées.
Et c'est là que mon premier reproche arrive. C'est long, très long, beaucoup trop long.  Par comparaison, Midnight Sun fait 225 000 mots, là ou Fascination n'en faisait que 125 000. Et ça se ressent à chaque page. Edward se lamente, Edward réfléchit, Edward pense, Edward introspecte, Edward atermoie et le lecteur subit dans un longue agonie. C'est lourd, le style de Meyer n'est pas particulièrement mauvais (contrairement aux critiques qui lui ont été faites d'ailleurs), il est relativement sobre et sans artifice, mais le résultat c'est que ce n'est pas adapté à ce genre de chose. Les long monologues d'Edward sont un calvaire. ET PENDANT 800 PAGES !!

Si il y avait clairement des soucis dans la représentation des relations hétéro dans Fascination, inutile de dire qu'on retrouve ici les mêmes problème mais ceux-ci sont exacerbé puissance 10 par les pensées d'Edward. Tour à tour il la traite d'hystérique, la considère comme incapable, envisage sérieusement de la faire interner parce qu'elle n'a pas de réaction approprié, il la manipule consciemment en utilisant son attachement pour lui, bref là où l'on avait une "relation problématique mais ça va c'est mignon", on se retrouve avec un type ultra glauque et manipulateur. Edward est détestable et ces tentatives de justifications son pathétiques.

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Au rang des points positif, car il y en a tout de même, on pourra noter quelques "scènes coupés", des moments où Edward était seul, sans Bella et qui nous offre un autre point de vue. On appreciera aussi de découvrir la dynamique de la famille Cullen, de voir son fonctionnement, de découvrir certains personnages plus en profondeur. A ce titre, la palme revient encore à Carlisle qui est adorable

Malheureusement, là encore la vision de l'autrice vient entacher ces moments. Esme, la mère d'Edward est relativement insipide, définie uniquement par l'amour inconditionnel qu'elle peut porter aux autres, mais je crois que le pire c'est Rosalie. Si le personnage n'est pas toujours franchement agréable dans la saga, on nous la présente ici de manière affreusement caricatural. Rosalie devient l'archétype de la femme belle sans rien dans le crâne, superficielle, jalouse, vindicative. L'autrice ruine totalement son personnage sous sa représentation misogyne.

Bref, je vais arrêter là, on retiendra qu'au final il n'y a pas grand chose à sauver dans ce pavé interminable et sans saveur.