Le Fini des mers - Gardner Dozois

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Le Fini des mers - Gardner Dozois
Le Bélial' (Une Heure Lumière) // 2018 (1973 VO) // 112pages

Allez, on replonge dans la très belle et excellente collection une heure lumière avec pour moi la belle découverte d'un auteur qui nous a quitté il y a peu.

Gardner Dozois livre ici un récit qui oscille entre le premier contact, l'invasion douce et une histoire intimiste et sociale. Les extraterrestres arrivent, ils posent en 4 endroits des structures, probablement des vaisseaux ovoïdes, lisse, sans aspérité et provoquent bien sûr la panique chez les humains.

Le texte propose deux histoires concomitantes qui alternent à chaque chapitre. On a tout d'abord la Grande Histoire, le point de vue surplombant qui vous fait découvrir ce qui se passe à l'échelle globale. Les réactions humaines, les agissements des gouvernements, la prise en main des IA pour s'occuper du problème, les troubles. Cette partie est intéressante, mais reste relativement classique et possède même un petit parfum suranné qui fleure bon la SF à l'ancienne. Ce côté daté est discret et donne du charme à l'ensemble plutôt que d'être rédhibitoire.

Mais ce qui fait toute la force de ce novella, c'est l'histoire de Tommy. Ce jeune garçon victime de violence par un père abusif qui cogne aussi une mère passive coincé dans un schéma de violence conjugale hélas bien trop vraisemblable ici. Il en résulte que Tommy ne vit pas bien tout ça et s'évade régulièrement au propre comme au figuré. Tommy voit des choses, des créatures qu'il est le seul à voir, des espèces et un monde superposé au nôtre. Un délire psychotique ? A moins que cela soit lié à l'invasion extraterrestre qui se met lentement en place.

L'alliance de ces deux histoire donne une perspective très intéressante sur ce récit de fin du monde presque apathique tant les humains sont ignorant de ce qui se trame réellement et cette angle totalement "anthropodécentré" est une grosse réussite.

Un récit touchant et intense, une ambiance doucereuse, pleine d'amertume, une tristesse et une colère qui sourde à chaque page lue de l'histoire de Tommy, l'enfant qui a vu la fin mais que les adultes ont broyé jusqu'à la fin.

Ils l'ont lu aussi :  :  Nebal, L’ours inculte, Yogo, Blackwolf, Just a word, Lorhkan, Xapur

[Relecture 15 ans après...] Hypérion - Dann Simmons

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Hypérion - Dan Simmons, lu par Matthieu Dahan
Audible Studio // 2017 (VO 1989) // 21h21min

Ha ! Hypérion, un des grands classique de la SF, assez incontournable et pour une fois il a moins de 50ans !
Pour moi, Hypérion a une saveur particulière. Je l'ai découvert à 19ans, il y a bientôt 16ans, après avoir rencontré celle qui est ma compagne depuis ce temps et grâce à elle. Nous étions ensemble depuis quelques semaines, une séparation de deux mois pour vacances scolaires nous attendais et elle me l'a mis dans les mains en me disant qu'il fallait que je lise ça.
Et je l'ai dévoré suite à quelques nuit très courtes.

Sa relecture me faisait envie depuis longtemps mais le temps se faisant rare, j'ai toujours repoussé. Et finalement c'est en audiolivre que j'ai sauté le pas. Un format que j'apprivoise doucement depuis quelques mois et que j'ai particulièrement apprécié ici, même si j'ai quelques remarques, mais on y reviendra.

De quoi ça cause

Hypérion c'est le nom d'une planète en dehors de l'hégémonie humaine sur laquelle on trouve les tombeaux du temps, des artefacts mystérieux entouré de champs anentropiques qui jouent sur le passage du temps. C'est la aussi que se trouve le Gritch, une créature plus ou moins mythique, un monstre de métal au corps hérissé de lames et de pointes qui à certaines périodes enlève et tue ceux qui s'approche trop de ces tombeaux.
Et c'est là que se rendent 7 personnages pour l'ultime pélerinage organisé par l'église gritchtèque.
Qui sont-ils, pourquoi se rendent-ils sur cette planète aux confins de l'empire humain quand la guerre interstellaire menace, qu'est-ce qui les relie au Gritch et qu'elles sont leurs point communs ? Ce sont des tas de questions qui vont commencé à trouver réponses alors que tours à tours, les pélerins vont livrer leurs récits.

Un roman riche et vertigineux
Pfiou, j'avais oublié a quel point ce roman est riche et dense. Si les récits ne sont pas tous aussi intéressants il permettent de dessiner en creux un univers foisonnant et d'une très grande richesse. Tout comme les personnages qui les narre, ces histoires sont toutes très différentes, passant du récit d'exploration au roman noir cyberpunk, à la romance impossible, au récit familial tragique ou bien à l'histoire décadente d'un poète et la fin de la Terre.
On a ainsi une multitudes d'éléments qui s'offre à nous, de thèmes SF tel que la religion, l'écologie radicale, la poésie, l'amour, les complots politique, des guerres interstellaire, bref, un vrai melting pot réussi de tout ce que peut offrir le genre. Car loin d'être noyé par cette abondance qui pourrait être un peu trop, Simmons réussi une synthèse de tout ce que peut offrir le genre ou presque.


En somme j'ai vraiment, vraiment kiffé cette relecture, mais pourtant j'ai des choses à redire, parce que je n'ai plus 19 ans et que ma conscience politique de Social Justice Warrior s'est bien développée depuis, et puis je connais un peu les orientations de l'auteur. Et du coup il y a quand même plusieurs points qui m'ont fait grincer des dents :
- Le récit du père Paul duré qui est quand même bourré de colonialisme et de paternalisme dans sa manière de dépeindre les Bikuras, sans oublié le validisme. Alors oui c'est le postulat de base que ce peuple est "retardé" à cause d'une influence externe, mais cette manière de le présenter et puis de dépeindre les pensés du Père Duré, ça pue un peu.
- Globalement les relations hommes femmes et notamment le rapport au sexe hétéro est super moisi, mais bon c'est comme ça même dans des tas de bouquin récent hein.
- ça découle du précédent point, mais le récit du colonel Kassad est une purge qui m'a fait grincer des dents tellement de fois. Il rencontre un personnage en réalité virtuelle et genre c'est le grand amour alors qu' chaque fois qu'ils se voient, ils n'échangent pas plus de 3 mots et passe leur temps à baiser. Bref, ça pue le fantasme et c'est inintéressant.

L’expérience audio
Comme je le disais au début, j'ai relu Hypérion en audiolivre, et l'expérience à été vraiment très réussie. Le lecteur a une voix vraiment agréable qu'il adapte pour chaque personnage avec beaucoup de talent, c'est un plaisir pour les oreilles à une exceptions près.
Dans le premier récit, un personnage secondaire qui apparait heureusement peu de temps s'avère être noir, et le lecteur prend un "accent africain" (remarquez bien les guillemets...) pour faire parler ce personnage. Vous savez l'accent presque à la Michel Leeb avec les "R" remplacé par des "W" genre : "Bonjouw". C'est extrêmement malaisant, et totalement inacceptable.

Alors, au final, ça valait le coup quand-même de relire Hyperion ? Oui et mille fois oui, parce que malgré les points noirs relevés, ça reste un roman riche, ambitieux, monumental, une pierre angulaire du genre qui mérite amplement son titre de classique, et je vais m'audiolire la suite sans tarder, parce que, il faut quand-même le dire, toutes les hitoires entamé ici ne trouveront leur conclusion que dans La Chute d'Hyperion !