Les Attracteurs de Rose Street - Lucius Shepard

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Les Attracteurs de Rose Street - Lucius Shepard
Le Bélial - Une Heure Lumière // 2018 (2011 VO) // 129p

Encore une très bonne surprise de la collection Une Heure Lumière ! 
Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre avec ce titre, mais comme à chaque fois avec cette collection que j'achète les yeux fermés d'ailleurs ^^
Et cette fois, on se retrouve ici avec un texte gothique, fantastique, dans les bas de fond crasseux du Londres victorien, que de bonnes choses en somme.

On suit l'enquête mystérieuse de Samuel Prothero, aliéniste de sa profession et jeune membre du Club des Inventeurs qui va se faire embaucher par l'indésirable Jeffrey Richmond. 
Une enquête qui va lui donner l'occasion de résider plusieurs semaine dans l’hôtel particulier de ce dernier, un ancien bordel situé dans le quartier le plus mal famé de la capitale britannique. 
Une enquête qui va le propulser au milieu d'une histoire de famille, de la relation incestueuse de Richmond et de sa sœur. 
Une enquête ou la science et le fantastique vont se mêler, évoquant bien sûr le Frankenstein de Marry Shelley. 
Une enquête teinté de sexe et d'un romantisme très gothique où la présence de fantôme se fait fortement sentir.

Si la conclusion peut paraitre un peu abrupte, on est emporté par le style qui semble tout droit sorti du XIXe siècle, par la farandole de personnages, leur démons, leurs secrets, et surtout l'ambiance, la tension qui se dégage des relations entre les protagonistes, mais aussi qui imprègne chaque page à cause de la présence de spectres inquiétant.

Dans cette novella, on parle donc fantôme, inceste, maladie mentale et prostitution. L'intrigue se fait parfois inquiétante avec une belle ambiance qui oscille entre le romantique et le glauque, le tout porté par la très belle plume de Shepard.

Point représentation :
L'homosexualité d'une des femmes du livre est évoqué à un moment. Au vu de la conclusion on peut supposer que le personnage est probablement bi.

Ils en parlent :

Les Livres de la Terre Fracturée - N. K. Jemisin

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Les Livres de la Terre fracturée - N. K. Jemisin
Editions J'ai Lu Nouveaux Millénaires
Tome 1 : La Cinquième saison // 2017 (VO 2015) // 457 pages
Tome 2 : La Porte de Cristal // 2018 (VO 2016) // 434 pages
Tome 3 : Les Cieux Pétrifiés // 2018 (VO 2017) // 434 pages

Attention, chef d'oeuvre !!
Je pense qu'on pourrait mettre cet avertissement au début du premier volume de cette trilogie dont chacun des tomes a, fait inédit, remporté le très prestigieux prix Hugo du meilleur roman. Un triplé amplement justifié et mérité.

L'histoire

Sur le fixe, continent principal de ce monde, survient à intervalles régulier, ce que les habitants appellent une Cinquième Saison. C'est à dire un grand bouleversement géologique et climatique causé par l'activité tectonique intense et violente de la planète. Ces cinquième saisons se caractérisent par de grands changements, ciel obscurci plusieurs mois, épidémies, famines, bref, tout un tas de conditions apocalyptiques très rudes mais relativement provisoire.
Et pour y faire face la société est construite autour de l'éventualité inévitable de ces saisons. Les gens sont distribués selon un système de caste qui prend tout son sens en saison, permettant d'exploiter au mieux les habiletés et talents de chacun pour favoriser la survie du plus grand nombre.
L'autre particularité de ce monde, ce sont les Orogènes, des personnes ayant la capacité de ressentir et de manipuler les forces tectoniques. Une capacité qui pourrait s'avérer très utile dans ce monde sans la haine viscérale dont sont la cible ces "géneurs".
Il n'y a que peu de possibilité pour ces derniers, soit ils arrivent à vivre toute leur vie caché, soit ils sont découvert et tué par la population, soit ils sont découvert par les Gardiens, qui les emmènent au Fulcrum, et qui à force d'éducation, de brimades, tortures et enseignements impitoyable les transforment en outils sans vie propre au service des communautés.

Notre histoire commence lorsqu'une de ces saisons survient, une saison d'une violence inouïe, probablement jamais vue jusque ici. Une saison qui à mesure que le fixe s'enfonce dedans semble bien partie pour ne jamais finir.
Et c'est dans ce contexte que nous allons suivre au début du premier tome, 3 femmes différentes, 3 orogènes, 3 périodes, 3 histoires convergeant.
Impossible d'en dire beaucoup plus sur l'intrigue sans risquer de divulgacher un point pivot de celle-ci. Par contre, l'on peut dire que Jemisin nous livre ici un superbe récit de Fantasy apocalyptique et post-apocalyptique de haute volée.

Les thèmes

Si une grosse partie du premier tome se déroule avant cette cinquième saison dévastatrice, c'est pour nous permettre de découvrir et comprendre la société du fixe. Son système de caste rigide tourné entièrement vers la survie en cas de Saison, ces tensions raciales entre les différentes ethnies, et surtout l'oppression raciste impitoyable qui repose sur les épaules des Orogènes.
L'autrice effectue un superbe travail en représentant la manière dont ceux-ci subissent discriminations, haine et réification. Elle aborde avec talents tous les aspects de la manière dont se met en place et se perpétue une oppression systémique. Il y a les Géneurs qui ont intégrés qu'ils étaient dangereux et se détestent, ceux qui arrivent à s'élever dans la hierarchie du Fulcrum et tâchent de profiter du peu de semblant de pouvoir qu'ils ont l'impression de grappiller. Il y a bien sûr la majorité silencieuse qui souffre sous les mains des gardiens jusqu'à parfois en mourir, ceux qui n'ont même pas l'opportunité d'espérer y entrer et finissent lynchés par les populations haineuses, ceux qui malaxent leur rage de liberté.

"Il est impossible de faire justice de certains crimes – on ne peut que concéder des réparations." 
Jemisin nous montre bien comment tout un système mis en place pour favoriser le pouvoir de certains est finalement essentialisé, naturalisé et présenté comme allant de soi pour la majorité que cela arrange.

L'écologie est aussi l'un des grands sujets de cette œuvre bien sûr, ce thème prenant de l'ampleur dans les tomes suivant à mesure que les origines des saisons se dévoilent. On y découvre une société arrogante, ivre de son pouvoir et de ses envies, hypocrite au possible dans ses visées humanistes et aveugles aux graines de haine et de destruction qu'elle sèmera.

"N'oublie pas : quand on dit « C'est la fin du monde », il s'agit le plus souvent d'un mensonge, parce que la planète va très bien."

Si Jemisin nous offre aussi un roman Post-Apocalyptique ici, elle s'élève à contre-courant de la tendance actuelle qui tend à montrer des sociétés incapables, en cas d’effondrement, d'aller au-delà de l'égoïsme de la survie immédiate et de la perpétuation de son confort.

"Premièrement, garder les portes. Veiller à la propreté et à la sécheresse des caches. Obéir à la lithomnésie. Prendre les décisions difficiles. Peut-être alors, à la fin de la Saison, restera-t-il des gens pour se rappeler à quoi devrait ressembler la civilisation." 
Il ne s'agit pas ici de montrer que tout va bien malgré tout, non, bien au contraire, ce monde extrêmement inégalitaire qui s'effondre va être traversé par des conflits aussi violent qu'inévitables.
Mais malgré l'apparente noirceur des évènements, Jemisin nous montre des individus qui ont compris qu'ils ne peuvent espérer survivre seul. Que le salut repose sur l'interconnexion des individus et que pour vivre, il faut faire société.

Loin d'être uniquement une œuvre d'idées pures, l'autre grande force de la trilogie de Jemisin repose sur ses personnages. Que c'est rare et que c'est bon d'avoir le droit dans une œuvre de fantasy à un ensemble de personnages aussi différents, aussi varié et diversifiés, que ce soit d'un point de vue de genre, d'appartenance ethnique ou d'orientations sexuelle.
Des personnages bi, gay, lesbien, transgenre, polyamoureux parsèment le récit, sans faire de leurs identités un point de l'intrigue. Ils sont parce qu'ils sont. Parce que notre monde est aussi divers que cela et c'est franchement rafraichissant.
Et si il est important à mes yeux de signaler ce type de représentation, il est important d'insister sur le fait que les personnages de l'autrice ne sont pas définit par ces caractéristiques, qu'ils sont extrêmement riches, et complexe. Parfois aimable, parfois détestable, prenant des décisions stupides, se montrant altruiste un jour, égoïste le lendemain, bref, humain avec toutes la richesse et la nuance que cela suppose.

Les livres de la Terre Fracturée sont une des œuvres le plus riches parut ses dernières années. Une pierre angulaire de l'imaginaire qui fera date, à n'en pas douter un futur classique qui n'a pas volé sa foultitude de prix et récompenses.
J'ai l'impression ici d'avoir à peine effleuré cette richesse tant il y aurait de choses à dire encore.
Mais j'espère que ces quelques lignes sauront vous donner envie de lire ces superbes romans. 

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