[Star Wars] En pleines ténèbres - Claudia Gray

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En pleines ténèbres - Claudia Gray
Pocket Imaginaire // 2021 // 448p
- Livre lu en service presse -

Après l'excellent La Lumière des Jedi de Charles Soule qui inaugurait la periode de la Haute République, c'est cette fois-ci à Claudia Gray de s'y mettre avec un roman à l'ampleur différentes mais tout aussi intéressant.

Reath Silas est padawan de la maître au conseil Jora Malli et il se destine à une vie paisible d'archiviste Jedi sur coruscant, loin de l'aventure et de l'excitation, jusqu'au jour où Maitre Jora lui annonce qu'elle va être muté dans la bordure exterieure sur la nouvelle station, le Flambeau Stellaire. Un déménagement qui ne plaît pas trop à Reath qui se retrouve ainsi confronté à des doutes sur ses motivations de Jedi, sur son devoir envers l'ordre.

Son maitre étant parti en avance, Reath se retrouve à prendre un transport quelques jours plus tard, en compagnie de 3 autres Jedi. Mais c'est au cours du trajet que Grand Désastre arrive et notre transport et nos Jedi vont se retrouver coincé en plein transit sur une station spatiale mystérieuse qui semble abandonnée depuis des siècles et où rôde l'ombre du côté obscur...

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Le moins qu'on puisse dire c'est que c'est un roman riche et dense qui a beaucoup de choses à offrir.

Côté intrigue déjà c'est très réussi. L'exploration de la station dans la première moitié du roman pose une ambiance oppressante, et multiplie les problèmes pour nos Jedi. Entre la gestions des différents équipages échoués dans le coin et pas toujours enclin à coopérer, les dangers posées par l'étrange végétation qui prospère au cœur de la station, les visions perturbantes qui assaillent les Jedi et ce sentiments omniprésent qu'une obscurité rôde prête à déferler sur la galaxie.

C'est aussi l'occasion de forcer nos 4 Jedi à l'introspection. Chacun possède des doutes ou bien agit d'une manière qui semble ne pas toujours être en accord avec l'ordre. C'est ainsi qu'on découvre avec Orla Jareni la notion de Cheminant, des Jedi qui ressentent le besoin d'agir en dehors de l'ordre un moment sans pour autant lui tourner le dos définitivement. Les réflexions sur la gestion des émotions par le Jedi sont aussi nombreuses, la manière dont ceux-ci abordent le deuil,dont ils doivent se détacher et finalement les dégâts que cela peut occasionner. Si l'on sent que l'ordre est plus détendu sur ces question qu'à l'époque de la Prélogie, on voit les prémices de règles plus autoritaires et on voit que trop de non dit commencent à faire des dégâts.

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Si les Jedi sont ici encore au cœur du récit, ils ne sont pas les seuls puisque Claudia Gray nous met en scène l'équipage attachant du Vaisseaux (oui c'est son nom) avec Alfie, jeune co-pilote en formation, fille adoptive de la cheffe de la Guilde de Byn qui va se retrouver confronter aussi à ses propres problèmes, à des questionnement sur la famille trouvé, sur ce qu'on est prêt à accepter des gens qu'on aime.

Et puis, l'autrice met en scène avec cet équipage, probablement l'un des meilleurs personnage, Géode. Géode est... un être minéral, basiquement un gros rocher qui est toujours dans le coin, qui ne dit rien mais n'en pense pas moins, dont le mutisme est à la fois très amusant et l'occasion de pousser les personnages interagissant avec lui à se poser les bonnes questions. Géode est très réussi.

S'il fait la part belle aux introspections et réflexions, l'action n'est pas absente pour autant. Ainsi la dernière partie du roman nous confronte à ce qui sera l'un des nouveaux ennemis récurrent de la période, les Drengir, une forme de vie végétal violemment prédatrice. Et Claudia Gray n'oublie pas évidement de nous mettre en scène les pirates Nihil déjà découvert dans la Lumière des Jedi.

C'est un roman dense et riche qu'offre Claudia Gray. S'il n'a pas l'ampleur galactique de son prédecesseur, il offre une histoire prenante et passionnante mêlant mystères du côté obscur et  intrigues plus personnelles. Claudia Gray comme à son habitude nous offre une galerie de personnages intéressante et travaillées, et profite de l'occasion pour nous en dévoiler plus sur le contexte de l'époque, le fonctionnement de l'ordre et remettre en questions son fonctionnement. Bref, c'est une grosse réussite, un roman indispensable qui continue de nous offrir de très belle chose pour ce qui est l'une des saga Star Wars les plus enthousiasmante depuis longtemps !


> Iels en parlent : Xapur


Les Héritiers - Fabien Clavel

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Les Héritiers - Fabien Clavel
Actu SF // 2021 // 750p
Livre lu en service presse

Les Héritiers, un nouveau livre dans l'univers des Feuillets de Cuivre, voilà qui avait tout pour me faire envie tant j'ai trouvé ce dernier extrêmement réussi. Malheureusement, avec cette suite qui n'en est pas une, la rencontre ne s'est pas faite complètement.

1899, Paris, en pleine belle époque, on découvre une société féérique cachée qui vit parmi les humains et qui est traversée par de nombreuses dissensions politiques. Dans cet univers où Merlin veille sur une Avalon en pleine déliquescence, nous allons suivre principalement Raphaël, sylve de son état, sauf qu'il ne le savait pas et le découvre à l'âge adulte.

Son parcours de découverte de sa nature va l’amener à croiser d'autres personnages féérique, vampyre, farfadet et autres, et va l'impliquer dans une terrible machination dont le but ultime semble être la destruction d'Avalon.

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C'est un long pavé. Pas forcément un défaut dans le genre de la fantasy quand cela permet de présenter un univers, développer un intrigue complexe, prendre son temps. Malheureusement, il y a ici beaucoup de longueur qui égarent l'intrigue principale et délayent un peu l'histoire.

Une histoire qui s'avère intéressante avec son mélange entre mythe arthurien et une ambiance belle époque mais où certaines intrigues secondaires viennent parasiter le récit principal. Si le lecteur des Feuillets de Cuivre retrouvera avec plaisir le commissaire Ragon, on regrettera que tout ce qui le concerne ne s'intègre finalement qu'à la marge de notre histoire.

Une histoire qui développe pourtant des choses intéressantes avec ses luttes de factions, monarchistes, révolutionnaires ou autres, mais qui manque un peu de profondeur. Un manque de profondeur qu'on retrouve aussi dans certains personnages.

Le protagoniste Raphaël, bien qu'archétypal est plutôt bien campé, de même que certains personnages secondaires. On notera surtout l'attachant vampire Bela ainsi que l'amusant Ferdinand.

Là où le bât blesse c'est côté personnages féminins. Ceux-ci sont peu présent puisqu'il faut attendre la moitié du livre pour en avoir un d'importance, et que concrètement c'est le seul et qu'il sert principalement de love interest à une romance mal foutu.

C'est dommage car on retrouve dans ce roman le style riche tout en fioriture de Clavel, un univers foisonnant en potentiel et une intrigue qui mêle l'aventure, l'archéologie et le politique. Un mélange potentiellement détonnant dans un cadre des plus réussi mais dont les défauts auront nuit à mon plaisir de lecture.

Les oiseaux du temps - Amal El-Mohtar & Max Gladstone

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Les oiseaux du temps - Amal El-Mohtar & Max Gladstone
Mu // 2021 (2019 VO) // 192p

Bon j'annonce, ce roman est un énorme coup de cœur. Et paradoxalement, il m’apparaît difficile d'en parler. L'histoire est simple et complexe à la fois, et j'ai peur que rien de ce qu'en j'en dirais ne lui rende vraiment justice et soit à la hauteur de ce que j'ai ressenti pour ce magnifique récit, cette superbe romance lesbienne.

Rouge travaille pour l'Agence, Bleu, travaille pour le Jardin, toutes les deux sont des agentes de terrain, impliqués dans une guerre temporelle où elles passent leur temps à lier des trames et délier celles de l'adversaire. Jusqu'au jour où Bleu tombe, sur un champ de bataille, sur une lettre laissé par Rouge à son attention.

C'est ainsi que commence entre les deux femmes une correspondance, qui lentement va tisser entre elles une relation forte, les premières provocation s'effaçant pour laisser place à la confiance et finalement à l'amour. 

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L'intrigue est en fait assez simple, Rouge et Bleu s'affronte, interfèrent dans les missions l'une de l'autre cherchant à déstabiliser l'autre camp, mais le contexte restera relativement flou jusqu'au bout. Au fil des chapitres alternant entre les lettres de l'une ou de l'autre et leurs mission, on en découvrira bien sûr un peu plus sur Jardin et l'Agence mais sans jamais avoir d'idée précise de leur but ou de leur motivation, autre que la victoire de leur camps, l'imposition de leur vision de la vie au détriment de celle de l'adversaire.

Car si une chose est tout de même clair, c'est que ces deux camps ont des concept de vie radicalement opposés. Jardin nous apparait comme un organisme biologique total, d'où viennent chacune de ces créature tandis que l'Agence semble être une entité numérique, un esprit de ruche qui ne s'incarne et n'accède au biologique que pour s’impliquer dans la guerre qu'elle se livre avec Jardin. Deux visions du monde donc, a priori irréconciliable mais dont, au fil des discussions de plus en plus sincère  de Rouge et Bleu, nous allons découvrir les points communs et les différences avec plus de précisions.

Les missions qui nous sont présentés nous permettent donc d'esquisser les contours de ces deux sociétés mais surtout de découvrir à chaque fois les lettres que se laissent nos deux agentes. Et les moyens de communication utilisés sont bien loin des simples missives de papier, puisque les deux femmes rivalisent de ruse et d'ingéniosité pour coder, camoufler, incorporer les messages qu'elles se transmettent.

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Si le contexte de la guerre temporelle à bien sûr une importance dans l'histoire, ne serait-ce que pour nous permettre de saisir les enjeux culturels qui opposent les deux femmes, il reste globalement très secondaire au regard de la relation que vont tisser les protagonistes. 

Et ceci, est fait de la plus belle des manière. Tout d'abord on a le style, poétique, lyrique, plein d'une beauté flamboyante qui, allié à cette histoire va toucher au cœur.

Et quelle histoire ! Les oiseaux du temps nous parle d'Amour bien sûr, mais plus largement des liens qui unissent, des différences qui rapprochent plus qu'elles ne séparent. Ce livre nous parle de l'altérité la plus radicale, de l'autre dans tout ce qu'il peut avoir d'étrange, différent, repoussant même et de comment, en embrassant cette altérité, on y trouve la joie. 

Amal El-Mohtar et Max Gladstone nous parlent aussi de la façon dont la confiance se gagne, se tisse, se donne surtout, avec la lente et inexorable progression la relation de Bleu et Rouge. C'est fait tout en subtilité, sans précipitation, avec tantôt de la douceur, tantôt un désir puissant qui dévore tout.

Incontestablement ancré dans la science-fiction par son contexte, ses thèmes et sa forme,  Les Oiseaux du Temps est un livre magnifique, poétique, beau, ardent, plein de désir et d'amour, touchant au-delà du dicible, qui met tout son arrière plan, toute sa construction au service de son histoire. Il utilise savamment tout les éléments mis en place pour nous faire vibrer jusqu'à la toute fin, c'est un livre intelligent, qui reste en tête, qui joue avec nous aussi, en offrant de subtils et savamment dosés retournement de situation et qui remplis d'émotions fortes.

C'est un livre qui se ressent, et qui peut potentiellement être clivant, pour peu que les non-dits, les zones d'ombres laissé à l'imagination du lecteur ou de la lectrice entache le plaisir et frustre.

Mais c'est un livre fort qui marque et qui mérite absolument qu'on lui laisse sa chance.

Iels en parlent : Lianne, L'ours inculte, Les histoires de Lullaby, Vanille, Le Maki

Demain et le jour d'après - Tom Sweterlitsch

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Demain et le jour d'après - Tom Sweterlitsch
Albin Michel Imaginaire // 2021 (VO 2014) // 416p
Livre lu en service presse

J'étais très curieux de ce roman qui annonçait une enquête sombre sur fond cyberpunk et c'est totalement ça effectivement, bien que, plutôt que sombre, il vaut mieux parler de glauque, sordide, voir franchement crade.Mais regardons déjà de quoi ça parle.

Futur proche, 10 ans après l'attentat de Pittsburgh qui a réduit la ville à l'état de scories. John Dominic Blaxton, un poète à perdu sa femme et son enfant à naître lors de cet évènement et depuis il reste englué dans une profonde dépression et se perd régulièrement dans l'Archive, un double numérique de la ville construit à partir de toutes les images collectés par les multiples capteurs et caméras omniprésentes et qui permet de s'y promener pour revivre des moments de sa vie pour peux que ceux-ci aient été captés. Pour rendre l'immersion en réalité virtuelle plus tangible, il s'abîme régulièrement dans les drogues.
Son métier actuel d’enquêteur est un prétexte supplémentaire pour lui d’errer dans l'Archive, et c'est là qu'il va découvrir le cadavre d'Hannah. Une découverte qui va l'obséder totalement et dont la recherche de vérité va l'amener à découvrir des choses toutes plus immondes les unes que les autres.

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L'enquête est relativement classique, mais suffisamment prenante et possède de multiple rebondissements et découvertes qui rendent le récit accrocheur malgré parfois certains événements prévisible.

Le monde décrit par Tom Sveterlitsch par contre est des plus intéressant. Située dans un futur assez proche, il extrapole une omniprésence des réseaux dans ce qu'ils ont de plus envahissant, par l'intermédiaire du Neurospam, sorte de smartphone connecté sur le cerveau et proposant un monde en RV remplie de réalité augmenté et de pop-up publicitaire intempestifs. Il imagine aussi une société du spectacle misogyne poussée à l'extrême où le porno est partout, ou les exécutions de condamnés à mort sont retranscrit en direct, présidé par une Présidente Meecham qui tient d'un mix obscène entre Trump et Sarah Palin. C'est un monde clairement déprimant, plongé dans l'autoritarisme, violent à l’extrême.

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Il résulte malheureusement de cet univers un manque flagrant de personnages féminin variés et une tendance exagérée de l'auteur à nous présenté la violence de manière extrêmement graphique, et une violence principalement faite aux femmes. L'intrigue est centrée sur des féminicides et on peut comprendre que le but de l'auteur est de mettre en scène cette violence, ce monde misogyne pour l'exposer dans toute son horreur, mais c'est souvent trop.

Pour autant, le roman à malgré ça des choses très intéressantes à proposer, notamment concernant son personnage principal et son obsession pour sa femme défunte. L'auteur aborde la dépression de John Dominic avec beaucoup de justesse. Le récit à la première personne y est probablement pour beaucoup, mais on vit intensément les affres et souffrances du poète, on comprends sa détresse et les échappatoires qu'il se cherche.

Demain et le jour d'après est un roman dur qui porte peu d'espoir. Il propose une extrapolation de tout ce qu'il y a de pire dans notre monde actuel, un protagoniste dépressif qui peine à garder la tête hors de l'eau et une intrigue qui met au cœur de son récit des problématiques très contemporaine, les féminicides, la domination des hommes de pouvoirs et l'impunité qu'ils s'arrogent. C'est un roman qui a mon sens joue trop sur les violences faites aux femmes pour appuyer son propos et qui aurait mérité d'offrir des points de vues féminin plus divers même s'il offre avec l'une de ses personnages un exemple de résilience intéressant.

Je suis content d'avoir commencer ma découverte de l'auteur par ce qui est son premier roman, plutôt que Terminus car celui étant selon plusieurs avis plus abouti, je n'aurais pas de déception lors de ma lecture prochaine.

Iels en parlent : Lune