La Monture - Carol Emshwiller

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La Monture - Carol Emshwiller
Argyll // 2021 (2002 vo) // 224p
Livre lu en service presse

Un jour, les Hoots ont débarqués sur Terre, et cette espèce extraterrestre aux jambes faibles à peine capables de les porter à eu la bonne idée d'asservir l'espèce humaine pour en faire leurs montures. Oui, comme des chevaux. Ceux-ci sont élevés depuis le plus jeune âge dans l'optique d'être une bonne monture, ne pas trop parler, suivre les directives aux gestes, faire confiance à son cavalier, etc.
Et c'est dans ce contexte que nous allons suivre Charley alias Smiley, un jeune garçon de 11 ans ainsi que son Hoot, Son-Excellence-Vouée-A-Devenir-Notre-Maître-A-Tous durant leur apprentissage de la liberté.


Au moment où commence le récit, un vent de révolte souffle sur les montures et Charley, bien contre son gré est libéré par son père et emmené en montagne dans un village de montures sauvages. Pour Charley qui a déjà bien intégré sa domination et qui se satisfait, voir même s'enorgueillit, de son sort, la confrontation avec sa libération va être rude.

*  *  *

Carol Emshwiler livre avec la monture un récit passionnant, qui parle de domination au sens large, et surtout de la difficulté de s'affranchir de ces codes qu'on intériorise au point de trouver normal certaines forme d'asservissement.
Le personnage de Charley est fascinant sur ce point avec sa manière de normaliser récompenses et mauvais traitement, avec ses rêves bridés par l'horizon de la domination qui se limitent à être une bonne monture, faire des courses, gagner des rubans…

Être libre est compliqué, c'est difficile et quand on est conforme aux attentes de la servitude, il est parfois plus simple et bien plus confortable de s'en satisfaire.
Mais bien sûr, pour tout ceux qui ne se coulent pas dans ce carcan, c'est la violence, les brimades, la torture même, et toujours sous couvert d'une fausse bienveillance, porté par cet hypocrite crédo de gentillesse des Hoots. Là encore le roman tape juste, et on ne peut pas ne pas penser à cette frange politique naïve qui justifie les pires copinage fascistes sous prétexte de gentillesse et bienveillance.

De la naïveté, il y en a dans l'écriture simple et sans fioritures de l'autrice qui renforce ainsi le sentiment de malaise qui prend devant certaines scène au fond franchement horrible mais vue par les yeux de Charley avec un détachement et une normalisation glaçante.

Finalement, le chemin sera long, mais surprenamment, aidé par la relation avec son jeune Hoot forte et en fin de compte débarrassé de son rapport de force, Charley et avec lui probablement l'humanité, trouvera une nouvelle voie vers une cohabitation inévitable.

Carol Hemshwiller livre avec la monture un roman fort, marquant, dérangeant à bien des égards qui parle avec acuité des rapports de force, de la domination et peut-être aussi de la façon dont l'humanité considère les autres animaux. Elle le fait avec un récit perturbant tant dans le fond que dans la forme qui n'est pas sans évoquer le conte philosophique et qui marque fortement.

D'autres avis : Le Syndrome Quickson, Lune, Un dernier livre, L'Epaule d'Orion

2 commentaires:

  1. Très intriguant ce roman. J'espère réussir à trouver le temps de le découvrir.

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