Les maitres enlumineurs - Robert Jackson Bennet

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Les maitres enlumineurs - Robert Jackson Bennet
Albin Michel Imaginaire // 2021 (VO 2018) // 640 page
Lu en service presse

Un bouquin de fantasy avec un magnifique blurb promo de Brandon Sanderson, il n'en fallait pas plus pour me convaincre que je voulais lire ce livre ! Et quand en plus il est présenté chez nous avec un super couverture de Didier Graffet, il n'y avait plus d'excuses !

Sancia Grado est probablement la meilleure voleuse de Tevanne, c'est pour ça que quand commence notre histoire, elle occupée à dérober pour son receleur un objet précieux qui devrait lui rapporter un très gros pactole. Suffisamment gros pour changer sa vie, peut-être enfin se débarrasser des talents si particulier qui font d'elle une si bonne monte-en-l'air mais qui l'empêche au quotidien de vivre normalement. Mais malheureusement, quand on est une moins que rien et qu'on travail pour des puissants, cela finit toujours par nous retomber dessus.

Que celui qui a enluminé ceci, puisse m'illuminer

La première chose qui frappe à la lecture, c'est l'univers, la qualité de sa construction, que ce soit par la cité état de Tevanne ou bien par le système de magie original, précis et complexe, pensé par son auteur dans ses moindres détails.

Celui-ci, joue sur le langage, un langage ancestral, millénaire qui, une fois écrit sur les objets permet d'en altérer le fonctionnement, d'influer sur la réalité, tel ce carreau d'arbalète sur lequel les sceaux apposés vont lui faire croire qu'il pèse 10 fois son poids et chute depuis 2km au moment où il part. 

Ce système de magie, l'enluminure, est au cœur du récit de l'auteur donc, car il infuse le quotidien de quasiment tous les habitants, et surtout il possède un lien très fort avec notre héroïne Sancia. Lien qui sera dévoilé, exploré et disséqué tout au long du roman.

La ville de Tevanne, inspiré de la sérénissime est fascinante, presque un personnage à part entière. Dirigé par 4 maisons marchandes richissimes, chacune cloitré dans leurs enclaves, les Campos, où elles bénéficient de tout le confort apporté par les enluminures, exploitant sans vergogne la mains d'oeuvres qui lui tombe sous la main et laissant le reste de la cité, hors des murs des Campos, vivre dans la crasse, la misère et l’absence de loi. On y retrouve à la perfection l'ambiance vénitienne, complots, de lutte de  pouvoir, canaux et assassins masqués.

Une intrigue prenante

Mais si l'univers est riche, côté intrigue, nous ne sommes pas non plus en reste. D'un simple casse, va découler tout un tas de conséquences, de ramifications qui vont faire passer l'histoire d'un plan personnel à un niveau collectif. D'un combat individuel pour la survie, on se retrouve pris dans une lutte de pouvoir qui dépasse les simples enjeux personnels. L'intrigue est épique, creusant le passé du monde créé par Bennet, nous plongeant dans des millénaires d'histoire et dans une mythologie profonde et oublié. C'est grandiose, mais à aucun moment l'auteur ne le fait au détriment de ses personnages.

Des personnages riches

Sancia bien sûr notre héroïne, une jeune femme endurcie, à la vie rude et au passé dramatique, qui au-delà de son histoire personnel va se retrouver à devoir faire le choix de la société face à l'individu. 

Gregor, le privilégié, l'aristocrate presque mais dont l'expérience radicale de la guerre a chargé d'une soif de justice profonde. Imbu et parfois franchement énervant avec son côté donneur de leçon, il s'avère finalement loin du justicier monolithique qu'on imagine au début.

Orso, l'enlumineur, c'est un peu le savant fou, le génie insupportable, celui qui est doué, le sait et ne supporte pas les autres. Enfin là encore c'est plus compliqué qu'au premier abord. Le personnage s'avère plein de surprise.

Berenice, l'assistante d'Orso, l'ingénieure, intelligente, faussement réservé, qui sait ce qu'elle veut et qui derrière son apparente fragilité fait preuve de beaucoup de courage.

Il y en a d'autres encore, mais le point commun; c'est que tous les personnages de Bennet sont complexes, multifacettes, qu'il y a toujours plus derrière les apparences.

On appréciera aussi beaucoup le fait que l'auteur s'attache à proposer un casting de personnages variés, et divers. Il présente ainsi une belle galerie de personnage féminins dont deux lesbiennes et il s'attarde à mettre en scène des personnages racisés.

Mais alors, ce roman est-il sans défauts ? 

He bien oui. next.

Bon ok, s'il fallait lui faire un reproche, on pourrait pinailler sur le fait que la structure se répète par moment et que, si l'auteur s'attarde à adresser les problèmes sociaux important de son univers, esclavage, exploitation, lutte des classes, on aimerait qu'il aille plus au fond des choses. Mais c'est vraiment pour pinailler.

Les maitres enlumineurs est donc une vrai grosse réussite sur tous les plans. Il propose un univers passionnant, dont les ambiances, mélange de Venise et Dishonnored (comme l'a fait très justement remarqué l'Ours Inculte. PS : jouez à ce jeu il est excellent) sont très immersive. Une intrigue haletante, qui monte en intensité tout au long du récit devenant de plus en plus épique à mesure que l'on fouille dans la mythologie de l'univers. Et le tout est porté par une galerie de personnages divers et complexes qui accroche le lecteur du début à la fin. 

Une remarque pour finir. L'éditeur facétieux à aussi classé le roman en Cyberpunk. Et effectivement, pour peu que l'on connaisse un peu le genre, on y retrouve de nombreux code. Que ce soit le système de magie qui peut s'apparenter à un langage de programmation, les maisons marchandes qui peuvent s'assimiler à des Megacorporations. C'est amusant quand on connait de faire des liens, mais il n'est pas nécessaire d'avoir ce bagage pour apprécier ce qui reste avant tout un excellent roman de Fantasy.

Ils en parlent aussi : Orion, Le Maki, Gromovar, Le Chroniqueur, Lorhkan, Albedo, Lianne, xxx

8 commentaires:

  1. J'aime bien les bouquins qui font des pas de côté sur leur genre, voire les transgressent allègrement, ça ajoute du piment ^^

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    1. Tout à fait d'accord, c'est bien de sortir des codes habituels :)

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  2. J'ai quand même trouvé l'intrigue longue à démarrer et très classique si on exclue le système de magie exceptionnel et très abouti. Mais c'est pour pinailler :p

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    1. Effectivement classique mais le traitement m'a bien convaincu et j'ai été rapidement happé par le style :)

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  3. Je lui ai trouvé un défaut, quelques longueurs dans la dernière partie mais c'est parce que je n'aime pas la Fantasy et qu'il fallait que je trouve un bémol ! lol

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    1. Mais ce bouquin est-il vraiment de la fantasy ?!?! XD

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  4. J'adore la couverture aussi, elle est vraiment superbe. Moi mon défaut ce n'est pas la structure, mais plutôt que j'ai deviné facilement certains twists. Mais c'est vraiment pour pinailler ;)

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    1. Ha oui c'est vrai que j'ai vu venir certaines choses aussi, mais je mets ça sur le compte du talent de l'auteur qui a su mettre suffisamment d'indices XD (oui bon d'accord)

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