Le Regard - Ken Liu

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Le regard - Ken Liu
Le Bélial' (Une Heure Lulmière) // 2017 // 93 pages

Lorsque Mona, une prostitué, est assassiné et énuclée post-mortem en plein Chinatown et que du coup la police attribuant ça à un banal règlement de compte entre gang chinois décide de bâcler l'enquête, Ruth Law hérite de l'affaire. 
Détective privée plutôt habituée aux adultère, elle va quand même prendre le dossier, poussée par son désir de justice et de douloureux souvenirs. 

Avec ce court texte, il ne faut pas attendre de Ken Liu qu'il redéfinisse la SF ou qu'il nous offre, comme il a pu le faire avec « L'homme qui mit fin à l'histoire », une réflexion extrêmement travaillée et aboutie. Mais si le présent texte est plus mineur, on va dire, par rapport à d'autres dans sa bibliographie, il n'est pas pour autant dénué d’intérêt. 

L'intrigue proposée est très archétypale, en plein dans le roman noir, avec une héroïne torturée au passé qui a laissé des marques, et le tout est posé dans un univers cyberpunk qui là aussi s'avère assez classique. Implants, redéfinition de l'humanité, corporation et mafia asiatique. Et pourtant l'ensemble fonctionne assez bien grâce à un élément particulier, le régulateur. 
 Il s'agit d'un dispositif qui permet de mettre en veille son affect pour prendre des décision objectives basée sur la raison pure. Un dispositif qui équipe les flics afin d'éviter les actes problématiques liés aux préjugés entre autre. Un dispositif qui est au cœur de la vie de notre héroïne, qui la définit, qui à eu un impact décisif dans son passé et qui la bouffe complètement. 
Ainsi, ce gimmick technologique, loin d'être un simple gadget, articule autour de lui l'histoire de Ken Liu, posant ainsi la question de l'humanité, de l'affect face à la raison et du transhumanisme. 

Les deux personnages les plus consistant de l'histoire, la détective et le serial killer sont en plus de cela suffisamment bien esquissés et intéressant pour accrocher à l'histoire. Si dans leurs obsessions et leur caractérisation ils sont là aussi relativement classique, le tout fonctionne très bien et on s’intéresse à leur devenir. 

Avec le regard, Ken Liu ne révolutionne pas la SF, mais on a pas forcément besoin de ça pour avoir une histoire plaisante et agréable à suivre qui en plus dissémine quelques pistes de réflexions bienvenues. 

https://bibliosff.wordpress.com/2017/06/21/challenge-summer-short-stories-of-sfff-top-depart/

5 commentaires:

  1. C'est globalement mon ressenti, pas révolutionnaire, une trame classique, tout comme une héroïne avec un parfum de déjà-vu mais également un goût de reviens-y.

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    1. Tout à fait ! :)
      Le tout étant de ne pas avoir des attentes démesurées pour ce titre pour pouvoir bien l'apprécier je pense :)

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  2. En même temps, après l'Homme qui mit fin à l'Histoire, j'ai dû mal à me dire que le prochaine Ken Liu que je lirai sera à la hauteur. Pas dans le sens où il sera mauvais, mais plus dans le sens où il ne pourra pas être aussi bon, car une novella de SF qui transmet autant de choses, c'est rare.
    Mais je le lirai quand même avec grand plaisir !!

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  3. Ça serait en effet dommage de placer la barre si haut qu'il ne serait plus possible de lire l'auteur ensuite. Ce Ken Liu n'est à l'évidence pas l'auteur d'un seul texte et il n'a pas finit de nous régaler. On aimerait bien un roman, mais ça aussi, c'est pour le conformer à nos attentes...

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