Paper Girls, tome 1

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Paper girls, tome 1
Paper Girls, épisodes #1 - #5
Brian K. Vaughan, Cliff Chiang et Matthew Wilson
Urban Comics (Image Comics) // 2016 // 160 pages 

Paper Girls, c'est la dernière série régulière de Brian Vaughan, l'excellent auteur des toutes aussi excellentes séries Y le dernier homme (finie et éditée en 5 intégrales chez nous par Urban) ou bien Saga, toujours en cours avec 6 volumes actuellement. Si l'auteur se fait assez rare, se concentrant sur quelques séries sans multiplier les titres comme un Jason Aaron ou un Rick Remender, c'est toujours un plaisir de le lire, car il revient toujours avec des séries très différentes, se renouvelant sans cesse.

Cleveland, Ohio, 1er novembre 1988. Au lendemain d'Halloween, Erin, 12 ans, enfourche son vélo pour son premier jour de boulot, la distribution de journaux. Dans une ville encore endormie, drapé des vestiges de la soirée de la veille et où rôde encore quelques adolescents désœuvrés en costume de monstres, elle va rapidement faire la connaissance de 3 autres Paper Girls de son âge, Mac, KJ et Tiffany. Les 4 adolescentes décident de partir ensemble faire leur tournée, mais vont rapidement se faire agresser par 3 hommes étranges, masqués qui vont leur voler un talkie-walkie. Bien décidées à récupérer leur bien et se faire justice, nos héroïnes partent à la poursuite de leurs agresseurs. C'est ainsi qu'elles vont tomber sur une machine étrange, découvrir que la population de la ville à mystérieusement disparue, que des créatures bizarres, entre le ptérodactyle et le perroquet, on envahie le ciel et se retrouver au milieu d'un conflit générationnel mystérieux, voir temporel.

Au fil des 5 épisodes qui composent ce premier volume, Vaughan met en place beaucoup d'éléments, fait intervenir des personnages étranges, ouvre de nombreuses intrigues, et enchaine sans temps mort les péripéties pour nos adolescentes, imposant un rythme soutenu qui laisse peu de place pour se poser. Il en résulte une lecture très dynamique, on tourne les pages avec avidité, on découvre une histoire qui s'annonce énorme, et si on a au final beaucoup de questions et peu de réponses, le scénariste ne nous laisse pas non plus complètement dans l'obscurité en répondant à quelques interrogations.
Mais plus que son scénario qui pour l'instant reste assez mystérieux, c'est encore une fois par des personnages très réussis et aussi par une ambiance très ancrée dans les années 80 que Brian K. Vaughan tape juste.

Impossible de ne pas évoque E.T., les Goonies ou même le plus récent Super 8. On retrouve ici ce qui faisait le sel de ce genre de film, une équipe de jeunes ados malins et aventuriers qui ne se laisse pas faire et se retrouve plongée dans une histoire plus grande qu'eux, des adultes absents, incapables ou bien antagonistes. Montées sur leurs BMX, baladeurs cassettes sur les oreilles, Reebok et converses aux pieds, vêtues de bombers ou de veste en jean, nos 4 jeunes filles ont le look typique de l'époque qui fait sourire et titille la fibre nostalgique.
Mais les années 80, au-delà de la nostalgie c'est aussi une époque raciste, homophobe et où les femmes ont du mal à avoir accès à ce qu'elle voudrait, et Brian K. Vaughan met le doigt sur ces points avec justesse, et tacle proprement.

Ce n'est d'ailleurs sûrement pas anodin s'il nous propose un casting principal 100% féminin. Comme on a pu le voir dans ses œuvres précédentes, Y le dernier homme surtout, mais aussi Saga ou bien Les Seigneurs de Bagdad avec ses animaux anthropomorphisés, il s'attache toujours à construire des personnages féminins complexes, multifacettes et intéressants, allant au-delà des stéréotypes, et une fois encore c'est le cas ici.
Nos 4 jeunes filles sont toutes aussi intéressantes que différentes et s'avèrent au fil du tome plus nuancées qu'au premier abord. Elles découvrent leurs failles sous la badassitude, et le courage sous la timidité, et se révèlent toutes aussi cool qu'attachantes.

Concernant la partie graphique, Vaughan s’est cette fois adjoint les services de Cliff Chiang, que l'on a pu découvrir dernièrement sur la série Wonder Woman d'Azzarello. Et il offre ici un travail remarquable avec des compositions travaillées aux petits oignons, un style clair et détaillé, et des personnages très expressifs. Le tout est rehaussé à la perfection par la colorisation de Matthew Wilson qui pose une très belle ambiance.

Paper Girls a remporté cette année l'Eisner Award de la meilleure nouvelle série régulière, et il va sans dire que c'est amplement mérité. Brian K. Vaughan se renouvelle encore ici, avec une histoire qui ne fait que démarrer certes (et qui s'achève d'ailleurs sur un superbe cliffhanger), mais qui pose de solides bases et porte beaucoup de promesses. Une vraie réussite sur tous les plans, autant graphique que scénaristique, un bon comics qu'on a hâte de retrouver pour un prochain tome !

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